Beaucoup de bruit pour rien

Que reste-t-il d’"Indigènes" si on lui retire cette surmédiatisation dont il a fait l’objet suite à sa récompense cannoise et la présence de Jamel Debouze au générique ? Un film de guerre qui ne soutient pas la comparaison avec ses nombreux illustres ainés. On pense notamment à "Saving Private Ryan" avec qui il cherche la comparaison au vu du final et de l’épilogue d’"Indigènes", véritable plagiat du film de Steven Spielberg. La comparaison ne tourne pas à son avantage. Si "Saving Private Ryan" brillait par une réalisation virtuose qui a changé le genre, "Indigènes" fait figure de parent pauvre et dépasse rarement le niveau d’un téléfilm. Le film déçoit également en n’affichant aucun véritable enjeu narratif. "Indigènes" est construit comme une succession de tableaux interchangeables qui se concentrent bien trop souvent sur cette volonté de dénoncer les injustices qui ont lui conférée cette dimension politique. Si ses intentions sont certes louables, elles finissent par plomber le film tellement il devient trop démonstratif. A force de chercher sans cesse à dénoncer, voire à carrément revendiquer, "Indigènes" en oublie d’être un film. Dans cette optique, on ne peut s’empêcher de voir les prix d’interprétation obtenus au Festival de Cannes comme une marque de soutien politique. La plupart des acteurs sont vraiment faiblards. Jamel Debouze et Samy Nacery n’ont pas la carrure d’acteurs dramatique et déforcent considérablement le film.

J’ai entendu dans une interview que l’important pour Rachid Bouchareb était qu’"Indigènes" ramène le débat qu’il soulève sur la place publique. Il y est visiblement parvenu. La prochaine fois, ce serait bien qu’il pense à faire un bon film par la même occasion.