Le grand flip

Dire que "Children Of Men" fait l’effet d’une claque relève de l’euphémisme. Pourtant, rien ne laissait suggérer que ce film avait un quelconque potentiel. Son histoire sent bon les séries B post-Mad Max qui ont poussé comme des champignons dans les années 80. Las, Alfonso Cuarón fait voler nos préjugés en éclat et signe un film que beaucoup n’hésiteront pas à qualifier de chef d’oeuvre.

"Children Of Men" tient plus du film d’anticipation que du film post-apocalyptique que promettait pourtant son scénario. Le film s’attarde à imaginer à quoi pourrait ressembler notre société vieillissante si elle ne parvient pas à réguler la pollution, diminuer les fractures sociales ou encore juguler les conflits en tout genre. Contrairement aux précédents essais du genre qui explotaient déjà cette thématique, "Children Of Men" brille par sa volonté de proposer des images d’un futur qui fait vraiment froid dans le dos tellement il semble possible. Là est toute l’intelligence du film. Alfonso Cuarón n’en fait jamais trop et ne nous assomme pas avec des images d’une société qui aurait évolué de manière trop irrationnelle dans un sens ou dans l’autre. Non, il préfère jouer les visionnaires et réfléchir à une évolution réaliste de notre monde. Cette vision est disséminée intelligemment dans une sorte road-movie haletant qui n’accuse aucun aucun temps mort. La mise en scène est virtuose et joue habilement sur notre vécu en usant de plans-séquences et cadrages rappelant toutes ces images télévisées qui ont immortalisé certains événements récents. Certaines scènes sont véritablement d’anthologie.

Beaucoup sortiront de la salle complètement chamboulés en priant pour que dans 20 ans, notre monde ne ressemble pas à celui mis en image par Alfonso Cuarón. Hélas, on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne doit pas être fort éloigné de ce qui va se produire.