Star Wars

« Un mythe futuriste dans un lointain passé »

Le premier opus de la trilogie de La Guerre des étoiles a reçu un accueil triomphal à sa sortie en 1977. Habile mélange des mythes les plus éprouvés et des technologies les plus spectaculaires, il est devenu la référence incontournable et universelle de l’opéra spatial.

Le réalisateur

Né en 1944, Georges Lucas a fait ses études cinématographiques en Californie. Après quelques courts et un premier long novateur, THX 1138 (1971), il connaît le succès avec American Graffiti (1973) et trouve la consécration avec le premier épisode des Star Wars. A la tête de plusieurs sociétés, il gère habillement les retombées du succès dont il finance les suites avant de produire d’autres réussites populaires comme les Indiana Jones. Fin des années 90, il s’attelle à la réalisation de trois nouveaux épisodes de Star Wars.

Synopsis

Il y a bien longtemps, dans une lointaine galaxie, le maléfique seigneur Darth Vader capture la princesse Leia, meneuse de la résistance à l’Empire galactique. Alerté, le chevalier jedi Obi-Wan Kenobi va tenter de la libérer à l’aide du jeune et aventureux Luke Skywalker, des deux robots R2-D2 et C-3PO, du mercenaire Han Solo et de son copilote Chewbacca.

Contexte du film

Le manichéisme du film n’est pas sans rappeler le discours idéologique des Etats-Unis de l’époque. Tant la Guerre froide, dans laquelle s’inscrivit la traumatisante Guerre du Viêt-Nam, que la Seconde Guerre mondiale étaient assimilées à des affrontements idéologiques entre le monde « libre » et le totalitarisme communiste ou nazi. Le souvenir de 1939-1945 est particulièrement présent dans Star Wars où seule une victoire militaire totale et l’appui d’une résistance héroïque viennent à bout d’un Empire proche par plusieurs traits du Troisième Reich : l’esthétique, le culte du chef, la cruauté des méthodes, l’uniformisation (opposée à la diversité raciale et culturelle de la rébellion), les intentions liberticides… Cependant, Star Wars n’est pas un film de propagande. C’est sans doute malgré lui qu’il évoque l’idéologie dominante de son temps, également intégrée par le public occidental. En revanche, l’administration du président Reagan ne s’y est pas trompée et s’est souvent référée à la saga pour populariser sa politique : un projet de bouclier antimissile spatial fut baptisé « Star Wars » afin de protéger les USA et leurs alliés de « l’Empire du Mal » (l’URSS).

Contexte de production

Le financement de Star Wars fut difficile. Seul le studio de la 20th Century Fox consentit un budget de 11 millions de dollars. Pour l’obtenir George Lucas sacrifia une bonne partie de son salaire mais négocia en échange une clause alors jugée anodine : les droits sur les produits dérivés. Suite au succès, Lucas développa un merchandising très lucratif et accumula une fortune qu’il a utilisée pour bâtir son empire cinématographique à travers diverses sociétés de production et d’effets spéciaux. Ce succès autorisa les deux suites du film (L’Empire contre-attaque, 1980, et Le retour du Jedi, 1983) pour lesquelles Lucas abandonna la caméra en faveur de la production et de la supervision. Bien qu’indépendant des studios, Star Wars marque un tournant dans la production d’Hollywood. Conçue pour plaire au plus grand nombre, la trilogie visait explicitement un succès populaire convertible en succès commercial et fonda la politique très marketing des blockbusters.

Contexte artistique

George Lucas appartient à la génération des réalisateurs comme Coppola (un grand ami), Spielberg, Scorsese ou De Palma qui ambitionnaient de révolutionner Hollywood et de rompre le carcan des studios. Cette velléité d’indépendance a caractérisé le cinéma américain des années 70 et a conforté Lucas dans sa volonté de faire du jamais vu. Cependant, les influences cinématographiques sur Star Wars ne sont pas propres à Hollywood. Ainsi La Forteresse cachée (1958) du Japonais Kurosawa a été une grande source d’inspiration pour Lucas qui en a repris la dynamique : une princesse requiert l’aide d’un guerrier flanqué de deux acolytes comiques (qui seront les robots). Côté science-fiction, 2001, l’Odyssée de l’espace (1969) donna au genre ses lettres de noblesse et a peut-être permis à Star Wars d’être financé (et la respiration de Darth Vader n’évoque-t-elle pas celle du cosmonaute Dave ?). D’autres inspirations filmographiques sont repérables et parfois évidentes telle la morphologie du robot doré C-3PO semblable à celui du Metropolis de Fritz Lang.

Thèmes de réflexion

Le schéma narratif du « monomythe »

Pour inventer une histoire qui plaise à un public le plus large possible, George Lucas a puisé dans toutes les sources de la fantaisie et de la science-fiction qu’il connaissait (voir page 6). Mais c’est surtout la lecture de Les héros sont éternels de Joseph Campbell qui a guidé la conception du récit. Dans cet ouvrage fort influencé par la psychanalyse jungienne (pour le concept d’inconscient collectif), l’auteur décortique les grands mythes de l’humanité pour en extraire une structure narrative universelle qu’il baptise « monomythe » et sur laquelle Lucas a calqué son scénario. Un héros – Luke Skywalker – est appelé contre son gré à participer à une aventure initiatique. Les différentes étapes bien particulières du récit et les personnages secondaires (tel le mentor Obi-Wan) accompagnent et transcendent le héros dont l’action victorieuse devient utile à sa communauté. A ce titre, Star Wars est tout à fait illustratif des travaux de Campbell et peut introduire l’anthropologie structuraliste, issue de la linguistique et guidée par la mise en évidence des structures inconscientes de la pensée humaine, notamment à travers l’analyse des mythes.

Quelle époque évoque Star Wars ?

Sous bien des aspects, le film se réfère au Moyen Âge. Le spectateur peut être invité à relever tous les éléments réputés caractéristiques de cette époque et qui essaiment le récit : les duels au sabre laser, les titres de seigneur, chevalier et princesse, l’armure et la cape de Darth Vader (plus japonaise), le vocabulaire du robot C-3PO, etc. D’une certaine manière, le récit pourrait entièrement être transposé au Moyen Âge (tel qu’il est perpétué dans l’imaginaire) sans qu’il perde de sa cohérence. Ceci peut d’ailleurs nourrir une réflexion sur les ressorts scénaristiques de l’aventure et, par prolongement, poser une autre question : fonctionnerait-il en se déroulant à notre époque ?

Le récit

D’un scénario unique à une saga épique

Lorsqu’il rédige le scénario, George Lucas y ajoute tant d’éléments qu’il se rend rapidement compte qu’un épisode ne suffirait pas. Il songe alors à le réaliser en neuf films mais le scepticisme des studios entrave cette perspective et le force à se concentrer sur un seul film dont l’histoire doit se suffire à elle-même. Ce n’est qu’après le succès que deux suites verront le jour. La difficulté de synthétiser le récit se vérifie dès les premières secondes de Star Wars où un texte défilant narre des évènements essentiels à la compréhension de l’intrigue et à l’appréhension de l’univers. Vingt ans plus tard, à l’occasion de sa sortie en DVD, il est rebaptisé « Episode IV – Un Nouvel espoir », ce qui le situe par rapport aux trois nouveaux films, sortis entre 1999 et 2005, qui en raconteront la genèse.

L’opéra spatial

Star Wars a popularisé au cinéma ce genre essentiellement littéraire dont les principes caractéristiques sont le caractère interplanétaire de son univers, les voyages intersidéraux et des personnages héroïques qui résolvent seuls les tensions de l’histoire. Bien qu’appartenant à la grande famille de la science-fiction, l’opéra spatial emprunte beaucoup au western dont il conserve l’esprit pionnier et individualiste.

Questions pour un débat

Noir ou blanc ?

Le manichéisme caractéristique de Star Wars peut soutenir une réflexion sur la validité de l’opposition radicale entre le bien et le mal. Ainsi, le personnage vénal de Han Solo gagne ses galons de héros en se joignant librement à la lutte armée de la Rébellion. A l’image de Han Solo, faut-il toujours choisir son camp ?

Le film est-il universel ?

Le succès planétaire du film laisse supposer que George Lucas a atteint son objectif universaliste et qu’il aurait, ce faisant, validé la thèse du « monomythe » de Joseph Campbell. Cependant, il convient de relativiser cette lecture du succès et de pondérer l’impact de son récit avec sa réalisation. Est-ce tant l’histoire que le spectacle qui convainc les spectateurs ? Et ceux-ci sont-ils toujours autant séduits par le film qu’à l’époque de sa sortie ? N’est-il pas plus occidental qu’universel ?

Fiche technique

Réalisation : George Lucas
Scénario : George Lucas
Production : Gary Kurtz et George Lucas
Acteurs : Mark Hamill, Carrie Fisher, Harrison Ford, Alec Guinness, e.a.
Photographie : Gilbert Taylor
Effets spéciaux : John Dykstra, John Stears, e.a.
Musique de John Williams

Récompenses

Six Oscars (1978).

Filmographie sélective

1965 : Look at Life (court)
1967 : THX 1138 4EB (court)
1968 : Filmmaker (documentaire)
1971 : THX 1138
1973 : American Graffiti
1977 : Star Wars
1999 : Star Wars, épisode 1, La Menace fantôme
2002 ; Star Wars, épisode 2, L’Attaque des clones
2005 ; Star Wars, épisode 3, La Revanche des Siths

Daniel Bonvoisin et Paul de Theux

15 janvier 2007