L.A. Confidential

« Sex, crimes et policiers »

Baignant dans une ambiance de film noir, L.A. Confidential adapte le roman éponyme de James Elroy et reconstitue le Los Angeles mythique des années 50 pour un récit aux multiples cheminements.

Le réalisateur

Né en 1945, Curtis Hanson tourne son premier film en 1972, Sweet Kill. Après une longue éclipse, il renoue avec la caméra en 1980 et se fait connaître du grand public en 1987 avec The Bedroom Window. Depuis, produit par la Warner Bros, ses longs-métrages bénéficient d’une large distribution mondiale. Il remporte un succès d’estime en 1997 avec L.A. Confidential puis avec 8 Mile, en 2002 où il dirige le rappeur Eminem.

Synopsis

À Los Angeles dans les années 50, suite à l’arrestation du gangster Mickey Cohen, une place est à prendre au sein de la pègre. Après une fusillade sanglante dans un snack-bar qui provoque la mort d’un de leurs collègues, trois flics aux méthodes bien différentes sont amenés à collaborer autour d’une enquête aux multiples ramifications.

Contexte du film

La décadence des villes

Bien que se déroulant dans les années cinquante, l’intrigue peut paraître tout à fait contemporaine et fonctionnerait certainement comme telle pour le public. Semblant donc crédible, le récit résonne avec les codes du genre policier que maîtrise le public. D’une certaine manière, sa crédibilité relative révèle une certaine manière de concevoir la vie publique contemporaine aux Etats-Unis. L’influence des médias et la corruption généralisée qui ne permet plus de distinguer le flic du voyou (dans la fiction) correspondent sans doute au manque de crédit qu’ont les institutions de l’Etat auprès d’une population traditionnellement méfiante à son égard. Par ailleurs, l’ambiance décadente qui règne à Hollywood dans L.A. Confidential rejoint une certaine opinion populaire à son sujet, à laquelle a largement contribué les médias. Elle évoque plus largement une certaine lecture morale et traditionnelle de l’ambiance des grandes villes.

Le Polar à l’américaine

Comme ses ancêtres films noirs, L.A. Confidential possède la caractéristique d’être adapté d’un roman policier de type « Série noire », série dont les ouvrages présentent une vision fort cynique du monde, et en particulier de l’univers du crime. Officiellement né à Hollywood en 1941 avec la sortie du Faucon maltais, le genre a néanmoins longtemps été considéré comme une simple série B destinée à compléter l’avant-programme de « Grands » films. Ces films trouvent leur source d’inspiration dans l’univers sombre et inquiétant de la nouvelle littérature policière américaine de l’époque. D’un point de vue esthétique, ces longs-métrages relèvent autant de l’expressionisme allemand (cfr "M le maudit") que du réalisme mélancolique et poétique français (cfr "Le jour se lève").

Disparaissant à la fin des années 50, le film noir renaîtra une vingtaine d’années plus tard grâce à des réalisateurs comme Polanski (Chinatown) ou Scorsese (Taxi Driver). Depuis, bien que s’éloignant parfois des codes du genre, de nombreux réalisateurs, comme les frères Coen ou Tarantino, puisent à cette source. Refusant également certaines conventions du genre, L.A. Confidential opte, entre autres, pour un style d’éclairage où le public comprend d’où vient la lumière. Ce procédé s’avère très différent de celui du film noir classique aux éclairages très léchés et aux ombres noires allongées.

Le Polar à la française

Produit principalement à partir du milieu des années 50, le polar français se distingue du polar d’Outre-Atlantique par le réalisme de son traitement psychologique, contrairement au goût pour la métaphore recherché dans les œuvres du même genre aux États-Unis (voir « Films à la fiche » de Quai des Orfèvres).

Thèmes de réflexion

Le Portrait d’une époque

Un soin extrême a été apporté aux détails d’époque dans ce mélange de réalité et de fiction. Ainsi, toutes les séquences ont été tournées dans des lieux existants réellement. Seul le décor de la fusillade finale a dû être construit, faute de motel d’époque existant encore. Mais aux dires du réalisateur, L.A. Confidential ne se veut pas une reconstitution objective. Reléguant le décor à l’arrière-plan afin que les émotions des gens aient la priorité, l’accent a constamment été mis sur les aspects les plus modernes et les plus avant-garde, de l’environnement de cette période, de façon peut-être à mieux identifier le spectateur moyen de 1997 à l’intrigue qui lui paraîtra presque contemporaine. Hanson se veut donc fidèle aux années 50, mais de façon sélective. Pas de nostalgie ! Il en va ainsi pour le look de la maison de Pierce Patchett qui a été conçue par l’architecte Richard Neutra en 1929. Elle fut la première habitation à armature métallique qui a inspiré les célèbres maisons expérimentales construites après la seconde guerre. Autre exemple, au chapitre 21, 65e minute, Jack Vincennes, le personnage de Kevin Spacey, porte un costume très contemporain.

La Presse à sensations

Déjà avant-guerre, l’actrice Mae West s’attira les foudres du magnat de la presse William Randolph Hearst. Via ses trente-cinq journaux, ce dernier précipita la fin de carrière de cette vamp qu’il percevait comme « une menace pour l’institution sacrée de la famille américaine ». D’autres, et pas des moindres (Marlene Dietrich, Greta Garbo, Marilyn Monroe, Charlie Chaplin…), subirent des pressions similaires, allant jusqu’aux procès. Avec l’apparition de la presse tabloïd, les tirages doivent grimper. On prétend que le public veut tout savoir et pour cela, on va jusqu’à surprendre des stars dans des situations compromettantes (voir chapitre 6 du film). Si certains tirent un avantage publicitaire à étaler à pleines pages leurs démêlés sentimentaux, d’autres en subiront les contre-coups (Lana Turner dont l’amant fut poignardé par sa fille, le gangster-gigolo Johnny Stompanato, interprété par Paolo Seganti dans L.A. Confidential).

Le récit

Héritée du roman de James Ellroy (voir page 6), la structure narrative du film est complexe et s’axe sur de nombreux fils conducteurs qui peuvent rendre difficile la compréhension de l’histoire. Le récit se focalise sur les trois policiers, Vincennes, Bud et Exley qui sont les personnages par lesquels l’intrigue se dévide. Celle-ci trouve sa conclusion à la fin du film et propose une explication qui relie tous les éléments ensemble. La narration est également soutenue par le personnage du journaliste Sid Hudgens qui fait parfois figure de narrateur lorsque le film utilise, entre autres coupures de presse, les articles de sa revue Hush-Hush pour planter le décor et relater des évènements publics.

Pour assimiler l’intrigue policière et faciliter sa compréhension, les spectateurs peuvent être invités à suivre individuellement un des trois enquêteurs et à relever les indices qu’il trouve et les pistes qu’il suit. La mise en commun de ces éléments permettrait une meilleure assimilation de cette enquête policière fort touffue.

Questions pour un débat

Le rôle des médias

L.A. Confidential accorde une place importante aux médias et à leur influence sur la vie publique. Leur intrusion dans la vie des stars et le traitement des affaires criminelles semblent influer grandement sur la manière dont les personnages agissent. Si le poids du « quatrième pouvoir » est incontestable dans la vie politique américaine, que peut-on penser de leur puissance chez nous ? Le public semble familier de cette influence aux Etats-Unis à travers les fictions que diffuse le cinéma américain. Peut-on imaginer une transposition à l’identique dans notre société ? Si non, quelles seraient les différences ?

Fiche technique

Réalisation : Curtis Hanson
Scénario : Brian Helgeland, Curtis Hanson, d’après le roman de James Ellroy _ Production : Curtis Hanson, Arnon Milchan
Interprétation : Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce ,James Cromwell, David Strathairn, Kim Basinger, Danny De Vito, e.a.
Photographie : Dante Spinotti
Musique : Jerry Goldsmith
Montage : Peter Honess

Récompenses Oscars du meilleur second rôle féminin pour Kim Basinger et du meilleur scénario pour Brian Helgeland et Curtis Hanson.

Filmographie

1973 : Sweet Kill
1980 : The Little Dragons
1983 : Losin’ It
1986 : The Children of Times Square (téléfilm)
1987 : The Bedroom Window
1990 : Bad Influence
1992 : The Hand That Rocks the Cradle
1994 : The River Wild
1997 : L.A. Confidential
2000 : Wonder Boys
2002 : Greg the Bunny (série télévisée)
2002 : 8 Mile
2005 : In Her Shoes
2006 : Lucky You

Daniel Bonvoisin, Christian Depoorter et Paul de Theux
27 décembre 2006