Hop

« Une fiction 100% numérique et 100% belge »

Démontrant qu’on peut aborder la question des clandestins sans verser dans le drame, Hop détourne certains sujets brûlants de l’histoire contemporaine belge au profit d’une fable humaniste teintée de poésie et d’humour.

Le réalisateur

Né à Bombay en 1957, Dominique Standaert aborde le cinéma comme assistant réalisateur de Jaco Van Dormael et d’André Delvaux. Il participe ensuite à la production sur de nombreux films et réalise son premier court-métrage, Eau, en 1997. Enseignant à l’INRACI depuis 2001, il signe Hop, son premier long-métrage, en 2003.

Synopsis

Ecolier burundais résidant à Bruxelles mais sans papier, Justin échappe à la police alors que son père se fait capturer. Le jeune garçon trouve refuge auprès de Frans, flamand bourru et ancien terroriste d’extrême gauche. Apprenant que son père a été expédié au Congo, Justin décide d’obtenir son rapatriement. Il utilise les explosifs de Frans pour menacer l’Etat belge de commettre des attentats.

Contexte du film

La politique d’asile en Belgique

La politique d’asile du gouvernement belge résulte d’une longue évolution vers un contrôle strict. Au début du XXe siècle, le seul préalable à l’immigration en Belgique était d’avoir un permis de travail auprès d’un employeur. Ce système connut de premières restrictions dans les années 30 (consécutives à la crise de 29) mais après 45-46, un nouveau souffle économique accompagnait la reconstruction et nécessitait une main d’œuvre docile et bon marché. Durant les Trente glorieuses, l’Etat belge a conclu des accords d’immigration avec plusieurs pays méditerranéens : l’Italie d’abord, la Grèce et les pays nord-africains ensuite. Des centaines de milliers de travailleurs étrangers s’installèrent en Belgique jusqu’à ce que la crise des années 70 mette un terme au développement économique. Le chômage et le sous-emploi s’accrurent, frappant d’abord ces populations allochtones et attisant les tensions sociales. L’Etat ferma alors les frontières et durcit sa politique d’immigration. Depuis les années 90, le sujet est devenu une préoccupation centrale de la politique belge (et plus largement des pays européens). Bien que l’immigration ne soit plus encouragée, les phénomènes migratoires se sont mondialisés et sont nourris par d’importants flux en provenance des pays du Sud et de l’Est, alimentés par le sous-développement de ces régions et l’instabilité politique.

Désormais illégale, cette immigration se heurte à une législation restrictive et à des replis identitaires et sécuritaires. En conséquence, la problématique des sans-papiers a petit à petit pris une place régulière dans les préoccupations de la société et est devenu un cheval de bataille de nombreuses associations militantes. La mort de Semira Adamu lors de son rapatriement forcé par avion en 1998 et les manifestations autour des centres fermés ont dramatiquement éclairé les procédures administratives et passionné le débat. Outre les violences administratives, l’enfant est un axe par lequel la sensibilisation au drame de l’immigration passe fréquemment, à l’image de l’émotion suscitée par la découverte de deux jeunes guinéens morts frigorifiés dans le train d’atterrissage d’un avion à Zaventem en 1999. L’enfant et l’avion sont ainsi devenus deux symboles récurrents du drame des clandestins et Hop ne manque pas de les utiliser.

Contexte artistique

Une coproduction internationale n’ayant pu être formée autour du film, Hop a uniquement joui de soutiens financiers belges (francophones et flamands). L’absence d’un tiers du budget a forcé le réalisateur à choisir le prise d’image numérique, une première en Belgique. Incontestablement, Hop est donc bien un film belge. Indépendamment de la production, des thématiques qu’il aborde et des lieux qu’il exploite, la manière dont il traite ses sujets recoupe aussi une certaine tradition du cinéma de Belgique. A l’image notamment du Huitième jour (1996) de Jaco Van Dormael, de Ma vie en rose (1997) d’Alain Berliner ou de Home Sweet Home (1973) de Benoît Lamy – traitant respectivement de la trisomie, de l’identité sexuelle et des homes pour personnes âgées – Hop aborde un sujet grave et contemporain en le traitant positivement, humoristiquement, sous une forme fabulée et avec une pointe d’onirisme.

Thèmes de réflexion

La situation des sans-papiers

Malgré le ton fantaisiste de la fiction, Hop permet de mettre en évidence certains traits des difficultés des sans-papiers. On peut ainsi relever :
- La scolarité. Sans être explicite à ce sujet, le film montre que Justin suit des cours dans une école normale. Cette situation correspond à ce que vivent beaucoup d’enfants qui jouissent de l’accueil d’écoles malgré leur « illégalité ».
- La peur. La crainte première du sans-papier est bien souvent l’arrestation, synonyme d’expulsion. Le film montre que Justin et son père vivent cette situation et qu’ils doivent redoubler de prudence. Le défaut de celle-ci provoque d’ailleurs leurs difficultés.
- L’absence de droit. L’intervention du voisin qui provoque l’arrestation peut illustrer la situation d’injustice dans laquelle vivent les sans papiers. Sans statut, ils n’existent pas aux yeux de la loi et sont à la merci de la nuisance d’autrui.
- La logique administrative. L’action de Justin semble être la seule possibilité pour les personnages d’obtenir de rester en Belgique et d’y vivre normalement. Elle illustre qu’une fois le processus de régularisation achevé, et en cas de résultat négatif, il n’existe plus de recours légaux. La plupart des sans-papiers évitent la confrontation avec l’Etat en menant une vie totalement clandestine.

D’autres aspects de la situation des sans-papiers ne sont en revanche pas abordés. On peut notamment penser à la difficulté de trouver un logement et à leur situation professionnelle qui se prête à la précarité à l’abus.

Le terrorisme belge

Le personnage de Frans est un ancien des CCM, les Cellules communistes militantes. Ce sigle évoque ouvertement le souvenir des CCC, les Cellules communises combattantes qui ourdirent plusieurs attentats en 1984 et 1985, dirigés contre des multinationales, des partis politiques, l’OTAN et l’armée belge. Ces nombreuses attaques provoquèrent le mort de deux pompiers en 1985. Ce triste épisode est évoqué par la fiction où Frans a jadis causé la mort de trois personnes à l’occasion d’une de ses actions. Il rejette la responsabilité de ces décès sur la police qui, prévenue, n’aurait rien fait pour évacuer les lieux. Cette explication ressemble à la thèse défendue par les CCC au sujet des pompiers et relie d’autant plus le film à leur action.

Le récit

Est-ce une fable ?

Si les éléments sociopolitiques qu’évoque le film sont bien ancrés dans le réel belge, les évènements, les comportements des personnages, l’heureux dénouement, voire le bilinguisme omniprésent, semblent plutôt apparenter le récit à une fable irréelle. On peut donc s’interroger sur le réalisme du film : pareille histoire serait-elle possible ?

L’usage de l’allégorie

Deux petites histoires viennent donner un sens général au récit, sorte d’allégories de l’état d’esprit des personnages et des évènements de la fiction. Le film commence sur la présentation de Justin à sa classe de l’expédition d’Hannibal vers Rome. La description du piège tendu aux Romains par le Carthaginois à la bataille de Tessin n’est pas sans évoquer ce qu’entreprend Justin au barrage de la Gileppe plus tard dans le film (voir page 6). Le père de Justin raconte quant à lui la manière dont les pygmées capturent les éléphants. Justifiant le titre du film, cette méthode illustre l’affrontement entre les petits pygmées malins et le pachyderme, qui devient métaphoriquement l’Etat belge.

Questions pour un débat

Le terrorisme peut-il être justifiable ? L’action de Justin se prête bien à un débat sur le recours à la violence pour arriver à ses fins. Dans quelle mesure peut-t-il être justifié ? Lorsqu’il n’existe pas d’autres recours comme le laisse sous-entendre le film ? Y a-t-il des situations sans autres alternatives ? Mettre en danger la vie de civils est-il un prix que mérite une cause ? A toutes ces questions, le film apporte sa réponse : la violence est évitée et le rapport de force imposé par Justin à l’Etat lui est finalement favorable.

Fiche technique

Réalisation : Dominique Standaert
Production : Dominique Standaert, Michel Houdmont, Thierry De Coster
Acteurs : Kalomba Mbuyi, Jan Decleir, Antje De Boeck, Ansou Diedhou, Alexandra Vandernoot, Peter Van Den Begin, Erico Salamone, Emile M’Penza, e.a.
Scénario : Dominique Standaert
Photographie : Remon Fromont
Montage : Dominique Lefever
Musique : Vincent D’Hondt

Filmographie

1997 : Eau (court)
2002 : Hop

Daniel Bonvoisin, Christian Depoorter et Paul de Theux

27 décembre 2006