Hair

« Le flower power contre le Viêt-Nam »

Dix ans après son succès sur les planches de Brodway, la comédie musicale Hair est adaptée au cinéma. Contestataire et politiquement engagée contre la guerre du Viêt-Nam, elle met à l’honneur l’Amérique des hippies.

Le réalisateur

D’origine tchèque, né en 1932, Milos Forman étudie le cinéma à Prague, travaille pour la télévision et devient assistant réalisateur. Il est en France en 1968 lorsque les chars russes écrasent la contestation de Prague. Il part alors pour les Etats-Unis où il réalise Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) et remporte l’Oscar du Meilleur réalisateur. Il en remporte un second avec Amadeus (1984) qui lui donne goût aux biographies. Ses thèmes de prédilection sont la liberté d’expression et la résistance face à l’autoritarisme.

Synopsis

Claude quitte son Oklahoma natal pour se rendre à New York qu’il compte visiter avant d’être mobilisé et de s’embarquer pour le Viêt-Nam. Arrivé à Central Park, il se lie à une bande de hippies mené par un dénommé Berger et s’entiche de Sheila, une jeune bourgeoise. Malgré son initiation aux joies du peace and love et aux paradis artificiels, il rejoint l’armée, au grand dam de ses nouveaux amis.

Contexte du film

Si la comédie musicale Hair a été écrite et jouée tandis que s’intensifiaient le conflit et la contestation, le film, lui, fut réalisé 12 ans plus tard, 6 ans après le désengagement américain. A ce titre, il ne s’inscrit pas dans l’actualité mais exprime la manière dont le réalisateur regarde et interprète un proche passé. Film traitant de la manière dont les Etats-Unis vivaient le conflit, sa date de sortie tardive par rapport au déroulement de la guerre est représentative des difficultés qu’a eu le cinéma américain à traiter le dossier de manière critique. Indépendamment d’un très indirect Taxi Driver (Martin Scorsese, 1975), il aura fallu attendre Voyage au bout de l’Enfer (Michael Cimino, 1978) et Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) pour que des réalisateurs de fiction expriment le malaise de la société américaine. Comme dans ces films, Hair évoque la question en se concentrant sur les implications de la guerre sur l’Américain, au front ou, comme ici, au pays. Aujourd’hui encore, le cinéma américain continue de traiter le Viêt-Nam en mettant en scène les souffrances endurées par les soldats américains (ou leur difficile réinsertion). Ce faisant, ces films esquivent généralement la représentation de l’ennemi Nord-Vietnamien, souvent réduit à un statut inférieur de victime passive, d’ennemi sadique ou, plus fréquemment, à une présence invisible et menaçante.

Contexte artistique

Réalisé à la fin des années 70, Hair manifeste aussi un regard plus réaliste sur le mouvement hippie et sans doute moins apologétique que la comédie musicale. Réalisé bien après le déclin du mouvement et la désillusion consécutive aux échecs des expériences communautaires et aux ravages causés par les stupéfiants, le film semble rendre hommage à la culture hippie et à la générosité de son état d’esprit tout en soulignant ses limites. Il porte aussi les influences d’un cinéma américain libéré du carcan du cinéma hollywoodien classique. Plus moderne dans sa mise en scène et dans ses thèmes, ce cinéma d’auteur exprime l’ambiance terne des années 70, marquées par la crise économique, par le scandale qui poussa Nixon à la démission et par les sentiments d’échec et d’horreur associés à la Guerre du Viêt-Nam. Bien que présentée sous son meilleur jour, la vie marginale et new-yorkaise des héros du film n’est pas sans rappeler celle des junkies de Panic à Needle Park (Jerry Schatzberg, 1971).

Thèmes de réflexion

La contestation face à la guerre du Viêt-Nam

Emblématique de la contestation de la jeunesse américaine face à la Guerre du Viêt-Nam, Hair permet d’aborder la question en mettant en évidence les éléments qui alimentaient le malaise. Le film pointe notamment les éléments suivants :
- La résistance face à l’ordre de mobilisation. Berger et ses acolytes apparaissent à l’écran lors du brûlage de l’ordre de mobilisation qui l’enjoignait de rejoindre les rangs. Cet acte contestataire et symbolique était effectivement en vogue auprès des réfractaires au point d’avoir, en 1965, poussé le Président Lyndon Johnson à faire adopter une loi le punissant de prison ferme assortie d’une forte amende, comme l’explique le film. Beaucoup des réfracteurs se réfugieront au Canada pour éviter d’être arrêtés.
- La mobilisation face au conflit, fortement associée dans le film au mouvement hippie. Avant tout estudiantin, ce mouvement se caractérisa par de grandes manifestations dans les parcs publics et face aux bâtiments des institutions (le Capitole ou la Maison blanche à Washington) comme le montre la dernière scène du film.
- L’incompréhension face au conflit vietnamien, comme l’illustre un dialogue : « c’est une guerre contre les jaunes, où les blancs envoient les noirs défendre le pays qu’ils ont volé aux rouges ».

Le mouvement hippie

Hair offre une vision très idéalisée du mouvement hippie sans pour autant faire son apologie. Si les personnages semblent heureux, leur mode de vie apparaît fort précaire : ils dorment dehors, doivent mendier pour manger et sont considérés comme des marginaux. Leur idéologie semble aussi trouver ses limites : Berger doit retourner chez ses parents pour obtenir la caution qui servira à libérer ses amis ; Hud affronte sa femme qui veut le mettre devant ses responsabilités depuis qu’ils ont un enfant ; Jeannie est enceinte mais ne sait pas qui est le père et semble bien mal préparée à sa maternité. Le regard sur ces personnages est donc relativement objectif. Cependant, le discours du film semble fort peu critique envers les drogues et leur usage et peut même donner l’impression de prôner leur consommation. La question de la toxicomanie, fléau au sein hippisme, et de ses conséquences sociales n’est donc pas abordée.

Le récit

Le film est découpé en plusieurs tableaux qui proviennent de la comédie musicale. L’action est donc subdivisée en scènes qui sont autant de petites histoires narrativement cohérentes. Portées par un thème bien précis (le mode de vie hippie, la confrontation avec les bourgeois, la logique militaire), elles trouvent leur apogée dans le morceau musical qui exprime souvent explicitement leur contenu dramatique. Les personnages révèlent leur nature et expriment par le chant et la danse ce qu’ils ne disent pas ouvertement. Cette particularité peut permettre d’utiliser certains passages du film indépendamment d’une projection intégrale en se reportant au découpage par chapitres du DVD, lui-même axé sur les chansons.

Questions pour un débat

L’apparence physique pour exprimer la contestation ?

Hair signifie cheveux en anglais. En portant ce titre, l’œuvre fait référence aux cheveux longs, caractéristiques du look hippie. Par ailleurs, tout le vestimentaire des personnages semble volontairement en marge par rapport au reste de la société (et particulièrement opposé à celui des militaires). Cette identification du mode de vie, voire de l’idéologie, à l’habit est hautement revendiquée comme l’illustre la chanson Hair. L’affichage de ses idées ou de son identité par l’accoutrement est aujourd’hui une pratique courante, particulièrement parmi les jeunes. Mais a-t-elle une vocation contestataire aussi explicite que celle montrée dans le film ? La société ne s’est-elle pas habituée à la singularité ?

Fiche technique

Réalisateur : Milos Forman
Scénario : Michael Weller d’après la comédie musicale de G. Ragni et J. Rado
Musique : Galt Macdermot
Interprétation : John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, e.a.
Production : Michael Butler
Photographie : Miroslav Ondrícek

Filmographie

1963 : L’As de pique
1965 : Les Amours d’une blonde
1967 : Au feu, les pompiers
1968 : La Pince à ongles
1971 : Taking Off
1975 : Vol au-dessus d’un nid de coucou
1979 : Hair
1981 : Ragtime
1984 : Amadeus
1989 : Valmont
1996 : Larry Flynt
2000 : Man on the Moon

Daniel Bonvoisin, Sylvie Denille et Paul de Theux

27 décembre 2006