Goldeneye

« Un nouveau James Bond pour un monde sans Guerre froide »

Dans ce 17e épisode officiel, l’agent secret 007 revient avec un nouveau visage et un nouveau réalisateur tout en restant fidèle aux modèles antérieurs. On retrouve les poursuites et les cascades qui ont fait le succès de la série avec, en prime, quelques clins d’œil qui témoignent d’une certaine évolution sociale et technologique depuis les années 60. Doté du physique de l’emploi, Pierce Brosnan campe un James Bond fort crédible, plus proche de Roger Moore que de Sean Connery.

Synopsis

Après une mission dans l’ex-URSS, James Bond se retrouve neuf ans plus tard aux prises avec les mêmes adversaires. Il fait la rencontre de Natalya, une informaticienne rescapée d’une ancienne centrale nucléaire détruite par des terroristes russes. Avec son aide, il arrivera à contrecarrer les plans de ce groupe qui, grâce à une clé informatique servant à déclencher des satellites porteurs de missiles nucléaires, menace de détruire Londres.

Le réalisateur

Né en 1940, néo-zélandais d’origine, Martin Campbell se révèle un bon technicien au service de producteurs soucieux de rentabilité. Ce cinéaste est réputé pour parvenir à goupiller des films d’action à peu de frais et orientés vers le grand public (Vertial limit, La légende de Zorro).

Contexte du film

Les raisons du succès

Personnage créé au paroxysme de la guerre froide, 007 symbolise parfaitement une société occidentale qui s’est lancée dans la consommation effrénée. Le souci du paraître, les voitures de luxe et les gadgets du parfait espion (préfigurant ceux du parfait consommateur : portable, Internet, walk-man,…) vont de pair avec un cynisme face à la vie (surtout celle des autres) et une galanterie aux limites de la muflerie. En effet, James n’aime les femmes que pour le plaisir qu’elles lui procurent, pour le reste il les méprise, préférant de loin la passion du jeu ou un champagne millésimé. Ce type de héros offrait une figure jusque-là inexistante, surtout aux USA : celle d’un homme cultivé, connaisseur de vins, sachant démonter un flingue et séduire n’importe quelle femme. De plus, cet archétype correspond à l’individualisme galopant de notre société, car s’il mène ses combats sur la scène internationale au nom de sa patrie, les conséquences des bouleversements mondiaux sont souvent exprimées sous un point de vue purement personnel.

Des producteurs à la recherche d’idées

Au cours des six années qui se sont écoulées depuis la dernière aventure de Bond, Permis de tuer (1989) avant Goldeneye, le monde a connu pas mal de changements. Convaincus que la popularité de Bond avait perduré malgré la chute du Rideau de fer, les producteurs se sont mis au goût du jour. Dans une époque caractérisée par un cadre politique en évolution constante, les ennemis d’hier deviennent donc des amis pour la vie, alors que les anciens alliés se font ennemis mortels. Une équipe de scénaristes a donc travaillé pour trouver de nouvelles manières de mettre le monde en danger et des façons encore plus ingénieuses pour permettre à 007 de le sauver. Dire que James Bond offre un tout nouveau look dans le scénario et la mise en scène serait faux. Bien au contraire. Comme on ne change pas une recette qui gagne, revoici les éternelles poursuites, cascades, explosions, démolitions, mitraillages, coups de poing et compagnie. Il s’agit du premier film de la série à être réalisé en Russie où les producteurs ont reçu l’autorisation de tourner malgré l’anti-communisme primaire du scénario.

Une série influente

L’image forte de 007 a été utilisée officiellement, sous licence, et officieusement, par allusion, dans de nombreuses campagnes de pub, en particulier dans la confection et les boissons. Gigantesque entreprise de marketing, l’influence des James Bond sur la mode masculine « chic » est indéniable. Les créateurs de la garde-robe de la série ont toujours suivi les tendances de la mode. D’ailleurs, dans les années 60, de célèbres grands magasins ouvrirent des boutiques James Bond. On peut d’ailleurs relever le contraste récurrent entre la simplicité classique de Bond et les tenues apprêtées, à la fois vaguement militaires (mégalomanie) et incongrues (col Mao à la communiste). Cependant, ses voitures ont, bien sûr, suscité plus de commentaires dans les médias. De plus, de nombreuses entreprises ont dépensé d’importantes sommes pour placer leur marque dans les films.

Thèmes de réflexion

De la violence irréaliste

Le film contient beaucoup de violence et est prodigue en nombre de morts. On a l’impression, une fois Goldeneye terminé, d’avoir assisté à une partie de jeu vidéo : les soldats tués sont presque robotiques et les méchants agissent de façon très mécanique.

Le racisme au service de la narration

Les rapports entre 007 et les femmes ou les gens de couleur ont été sujets à controverses. En 1973, dans Live And Let Die, Bond traque un racketteur noir et met fin aux agissements d’une secte vaudou en abattant le prêtre qui allait sacrifier une blanche. Dans le même film, l’espion couche avec une agent afro-américaine de la CIA qui séduit Bond pour l’éliminer en traître. Cette vision des noirs américains, propre à son époque, évoluera avec le temps. Dans A View To Kill (1985), une noire du camp des méchants change d’allégeance et combat aux côtés de Bond. En 2002, dans Die Another Day (2002), une afro-américaine de la CIA est l’alliée de Bond, leur couple matérialise alors l’alliance anglo-américaine de l’Irak. L’identification raciale est donc une constante à travers la série et ne s’arrête pas aux noirs. Elle sert à faciliter la narration en utilisant les clichés de son temps (l’asiatique cruel, le russe mauvais, les petits pays sympathiques…). Goldeneye ne fait pas exception et prolonge, en adaptant la nature de la menace, les clichés de la Guerre froide sur le soldat russe, victime familière des précédentes aventures de l’espion britannique.

Sexisme

Traversant les époques, les James Bond sont également représentatifs – en épousant les tendances de la société anglo-saxonne – de la place accordée à la femme par le cinéma. Dans tous les films, elle est un faire-valoir du héros, trophée charnel de la quête. Dans les premiers films, elle était l’archétype de la femme objet. Bien souvent propriété du grand méchant, 007 vient la libérer pour mieux la soumettre à ses charmes. Avec le temps, cette image a évolué. Les femmes prennent une part active dans l’action et Goldeneye introduit même un personnage hiérarchique supérieur à l’espion : « M ».

Les clés du succès

Au cinéma, les succès décroissants de la plupart des suites ou des remakes démontrent la difficulté d’assurer une popularité continue à une série. Pourtant, depuis 1962, un nouveau James Bond sort régulièrement en salles. Cette étonnante continuité est due au fait que l’agent 007 est devenu un véritable mythe universel. L’engouement inattendu du public européen pour le premier épisode, Dr. No, permet aux producteurs de récupérer trente et une fois leur mise de fond. Depuis, tout en misant sur une inflation de gadgets, d’effets spéciaux et de violence/humour bien dosé, les auteurs ont défini les règles d’or de ce succès jamais démenti :
a) faire précéder l’histoire d’un pré-générique insolite en forme de mini-récit ;
b) imaginer un méchant intelligent et charmeur ayant un second vicieux, mais pas réellement odieux ;
c) aménager délibérément des temps morts suivis d’un effet choc à raison d’une douzaine par film ;
d) jouer sur le décor exotique le plus grandiose possible ;
e) disposer d’un grand nombre de jolies filles ;
f) terminer sur un éclat de rire et 007 en galante compagnie.

Question pour un débat

La dépendance des James Bond à l’ère du temps se vérifie à tous les niveaux : technologie, géopolitique, idéologique, place de la femme, racisme, etc. Chacun des films de la série est un véritable cliché de son époque. Le succès de la série pose cependant des questions sur l’état des mentalités et peut soutenir un débat sur les rapports qu’entretiennent les spectateurs avec les œuvres de fiction. Si ces films fonctionnent, est-ce parce qu’ils résonnent avec l’opinion du public ? Le cinéma est-il faiseur d’opinion ou, au contraire, est-il représentatif des valeurs du public ? Sans cette exploitation de l’opinion dominante, les films – dont l’objectif commercial est avoué –auraient-ils le même succès ?

Fiche technique

Réalisateur : Martin Campbell
Coproduction Grande-Bretagne/USA
Acteurs : Pierce Brosnan, Sean Bean, Izabella Scorupo, Famke Janssen, Joe Don Baker, Robbie Coltrane, e.a.
Scénario : Jeffrey Caine et Bruce Feirstein
Photographie : Phil Meheux
Musique : Eric Serra
Production : Michael G. Wilson et Barbara Broccoli

Filmographie

1988 : Criminal Law
1991 : Cast a Deadly Spell (TV)
1991 : Defenseless
1994 : No Escape
1995 : Goldeneye
1998 : The Mask of Zorro
2000 : Vertical Limit
2003 Beyond Borders
2005 : The Legend of Zorro

Daniel Bonvoisin, Christian Depoorter et Paul de Theux

27 décembre 2006