La liste de Schindler

Celui qui sauve une vie, sauve le monde entier

Adapté d’un roman de Thomas Keneally, ni documentaire, ni témoignage, La liste de Schindler raconte l’histoire vraie du « Juste » Oskar Schindler pour dénoncer et commémorer les atrocités de l’Holocauste.

Le réalisateur

Né en 1947 à Cincinnati, Steven Spielberg tourne à 12 ans son premier essai d’amateur. En 1969, il réalise le court-métrage Amblin qui lui permet de signer un contrat de 7 ans avec Universal. Il débute véritablement au cinéma avec Les dents de la mer (1975). Après le succès d’E.T. en 1982, il crée deux sociétés de production Amblin Entertainment en 1984 et Dreamworks SKG en 1994. La Seconde Guerre mondiale est un thème récurrent dans une œuvre orientée vers le grand public.

Synopsis

Automne 1939 en Pologne, les Allemands rassemblent les Juifs dans des ghettos pour les utiliser comme main-d’œuvre. Oskar Schinder, industriel et membre du parti nazi, profite de la situation et fonde une usine qui tourne à l’aide de ces ouvriers très bon marché et grâce aux conseils avisés du Juif Itzhak Stern. Mais Oskar va peu à peu s’attacher à « ses » Juifs dont la survie face aux horreurs nazies deviendra sa priorité.

Contexte du film

A sa sortie, le film suscita la controverse. Claude Lanzmann (Shoah, 1985), notamment, qualifia le film d’obscène en raison de l’édulcoration provoquée par la forme fictionnelle. Le débat portait sur la légitimité de l’appropriation par le cinéma d’un sujet aussi grave que la Shoah et opposait les partisans de la stricte mémoire documentaire à ceux qui défendaient le droit à l’art de traiter tous les sujets. Sur la question, Stanley Kubrick fit remarquer que le film ne traitait pas de la Shoah mais bien de l’histoire des juifs survivants. Kubrick mettait ainsi le doigt sur le dilemme du film, incarné par la scène où les femmes s’attendent au gaz mais, contrairement à tant d’autres victimes, reçoivent une douche d’eau. Ces crispations autour de La liste de Schindler illustrent bien les difficultés de l’exercice de mémoire au sujet de la Shoah, qui s’est développé au cours des années 70 et 80. Aujourd’hui, l’Holocauste est un sujet de plus en plus difficile à aborder et qui tend à devenir plus un objet de commémoration qu’un sujet d’étude.

Après la diffusion du film, Spielberg a créé la Shoah Foundation, chargée de recueillir les témoignages de survivants de l’Holocauste et de produire des documentaires favorisant le devoir de mémoire.

Contexte de production

Steven Spielberg a acheté les droits du livre de Thomas Keneally en 1982 mais il ne désirait pas réaliser le film lui-même. Tom Pollock, patron d’Universal, proposa d’abord le sujet à Martin Scorsese qui refusa en estimant qu’un réalisateur juif était plus apte à le faire. Roman Polanski fut ensuite sollicité mais il refusa également car le sujet était trop personnel et proche de son histoire. Finalement, après le succès de Jurassic Park (1993), Steven Spielberg (d’origine juive) s’attela à la tâche tout en cherchant à ne pas choquer et à rester proche de la réalité.

Spielberg se décrit comme un cinéaste de l’imagination qui a découvert la réalité. En terme cinématographique, cela semble définir un style proche du « cinéma vérité », principalement influencé par le cinéma européen, réputé respectueux du réel. Steven Spielberg s’est dit également fort influencé par le travail de David Lean, habitué des fresques romancées inscrites dans un contexte historique fidèlement dépeint (Le Pont de la rivière Kwaï, 1957, Lawrence d’Arabie, 1962…).

Thèmes de réflexion

Le film montre plusieurs étapes d’un processus génocidaire implacable : l’expropriation, la concentration dans un ghetto, le travail forcé, la déportation dans des camps, la séparation des familles, l’extermination des ghettos, etc. Le film prend prétexte d’une histoire particulière, au dénouement heureux, pour décrire le pire.

Le « juste » Oskar Schindler

Le film est basé sur le livre éponyme de l’Australien Thomas Keneally, lui-même écrit sur base des témoignages de survivants. Les personnages et les faits sont donc réels bien que les intentions et les caractères des protagonistes soient romancés. La Liste de Schindler est donc une œuvre de fiction qui raconte une histoire authentique. Le titre de « juste » est attribué par le mémorial Yad Vashem à tout non-Juif qui a aidé, au péril de sa sécurité et avec désintérêt, des Juifs à survivre à l’Holocauste. Oskar Schindler obtint cet honneur en 1967. Après la guerre, il a pu compter sur le soutien de ceux qu’il a sauvés pour surmonter sa faillite.

Le récit

Le récit épouse le parcours moral du personnage d’Oskar Schindler. D’abord guidé par le gain, nazi par opportunisme et amateur de belles femmes, il cherche à profiter de la guerre pour faire de l’argent et joue sur son art de la séduction. A la fin de l’histoire, Oskar Schindler a changé. Il regrette de ne pas avoir pu sauver plus de personnes et d’avoir dépensé trop d’argent à des fins égoïstes. Il a pris de gros risques pour sauver les Juifs, délaissant jusqu’à la ruine ses intérêts commerciaux. L’évolution d’un extrême à l’autre se fait progressivement et guide véritablement la narration. Ce sont ces changements moraux qui permettront à plus de mille Juifs d’échapper au pire.

L’élément qui précipite la prise de conscience de Schindler est la petite fille au manteau rouge. Il la voit pour la première fois lors de la liquidation du ghetto de Cracovie et il reverra son cadavre lorsque son corps sera brûlé. En se focalisant sur cette fillette, Schindler prend conscience de l’individualité des victimes des nazis. Cette prise de conscience est à son apogée lorsque Oskar (aidé d’Ithzak) doit rédiger la liste des Juifs et donc se souvenir de chacun de leur nom. Cet exercice de dénomination leur confère une place égale à la sienne, une réalité individuelle que nie le processus génocidaire.

Le film se subdivise en trois parties. La première (du début à la 53e minute) présente les personnages ainsi qu’une dégradation rapide de la situation. La seconde (jusqu’à la 136e minute) décrit l’enfer concentrationnaire de Plaszow hanté par le commandant Goeth. Le reste du film s’apparente à un lent mouvement ascendant vers la libération et la réussite de l’entreprise qui consiste à sauver les Juifs. Indépendamment de ces passages, le film débute sur une célébration judaïque et s’achève sur un mode documentaire avec l’hommage des survivants sur la tombe d’Oskar Schindler.

Questions pour un débat

Le film de Spielberg atténue fortement la représentation de l’atrocité. Les Juifs ne sont pas maigres, ils ont des vêtements en bon état. Les femmes sont encore belles et beaucoup ont l’air en bonne santé. Aucune image ne fait référence aux maladies comme le typhus, ni aux nombreux suicides. Finalement, l’horreur se situe au niveau des rapports humains. Le film esquive une mise en scène trop réaliste.

Ce choix fait débat quant à la manière dont il faut représenter l’Holocauste. Ne risque-t-il pas de diminuer l’impact sur le public et donc, de minimiser les évènements ? Mais, a contrario, l’impact du film n’est-il pas d’autant plus grand que la distance est réduite entre la représentation et le spectateur ? Le choix de Spielberg consiste à exploiter les habitudes narratives (l’histoire se termine bien) et esthétiques du spectateur. Si les faits étaient dépeints avec réalisme, le spectateur pourrait-il s’identifier aux personnages ? L’empathie n’est-elle pas préférable au dégoût ? Est-ce une manipulation ?

Fiche technique

Réalisation : Steven Spielberg.
Scénario : Steven Zaillian, d’après le roman de Thomas Keneally.
Production : Stven Spielberg, Gerard R. Molen, Branko Lustig. e.a.
Acteurs : Liam Neeson, Ben Kingsley, Ralph Fiennes.
Directeur photographie : Janusz Kaminski.
Musique : John WIlliams. Titre original : Schindler’s List.

Récompenses

Cinq Oscars : Meilleur film, Meilleur réalisateur pour Steven Spielberg, Meilleur scénario pour Steven Zaillian, Meilleure musique pour John Williams et Meilleurs décors pour Allan Starski et Ewa Braun (1994).
Trois Golden Globes : Meilleur film, Meilleur réalisateur pour Steven Spielberg et Meilleur scénario pour Steven Zaillian (1994).

Filmographie sélective

1971 : Duel (film tourné pour la télévision mais distribué au cinéma)
1975 : Les dents de la mer
1977 : Rencontres du troisième type
1982 : E.T
1984 : Indiana Jones et le temple maudit
1987 : L’Empire du soleil
1991 : Hook
1993 : Jurassic Park
1993 : La liste de Schindler
1998 : Il faut sauver le soldat Ryan
2002 : Minority report
2005 : Munich.

Daniel Bonvoisin, Alexandra Esmaïl et Paul de Theux
14 août 2006