Tavernier outre Atlantique

Difficile de dire où est passé Bertrand Tavernier. Si le réalisateur français signe bien ce long métrage, à l’exception du directeur photo Bruno de Keyser, toute l’équipe qui l’a épaulé est américaine. Le résultat est dès lors un cas d’école. En effet, In The Electric Mist a tout du film américain : la photo, le casting, le rythme, etc. Seule l’approche de l’histoire, tirée d’un roman US, et la construction scénaristique permettent de deviner un peu de la tradition française, et encore, en cherchant bien. Mais il ne s’agit pas ici de le regretter. Simplement, le film souligne avec force des manières différentes de faire du cinéma et l’importance, souvent oubliée, du contexte de fabrication.

Ces considérations mises à part, le film tire sa force de l’ambiance de la Louisiane, des bayous et d’une certaine culture locale agréablement mêlée à une ambiance de polar légèrement teintée d’onirisme. La musique qui traverse le film renforce cette atmosphère américaine. Tommy Lee Jones est très bien dans son rôle bien qu’on y reconnait quelques uns des personnages qu’il a déjà pu incarner, comme celui de l’excellent No country for and old man des Cohen. L’univers des deux frères est d’ailleurs comme une ombre qui plane sur le film de Tavernier, à la fois policier et littéraire, ce que renforce encore la présence au générique de John Goodman.

Voilà donc un bon film, un peu alternatif, qui pâtit pourtant d’une intrigue parfois confuse, malgré tout prévisible et qui semble s’achever en tâtonnant. On appréciera donc essentiellement le sentiment qui se dégage du film, une sorte de cliché exotique d’une certaine Louisiane imaginaire. Et c’est peut-être dans cette approche fascinée qu’on retrouve le réalisateur français.