L’éloge de la dispute

Le réalisateur d’American Beauty, Sam Mendes, livre ici un film qui s’éloigne des canons des chassés-croisés amoureux pour plonger dans les affres du huis-clos domestique. Tout au long du film, Kate Winslet et Leonardo Di Caprio, loin des clichés mythiques de Titanic, animent une histoire qui tient à la fois du banal et du tragique.

Car elle est banale, la situation de ce couple dans lequel tous peuvent se reconnaître : faite de quotidien, de secrets égocentriques et d’espoirs déçus par le cours des choses. Et tragique surtout car Revolutionnary Road a le mérite de choisir comme situation de départ, non l’équilibre, mais la crise. Ce postulat qu’un couple est animé par une dialectique à l’issue incertaine guide une histoire qui ose faire du bonheur l’anomalie dynamique du récit. Lorsque tout va bien, on sent bien que ce n’est pas stable, que quelque chose se rétablira au détriment de ce qui est implicitement désigné comme anormal. Toutefois, cette démarche n’est pas guidée par la morale ou la leçon. On ne nous dit pas qu’il faut se résigner. Mais plutôt que c’est la condition humaine - ou la condition du couple - qui souffre des contradictions qu’elle affronte sans cesse. A travers le drame amoureux, c’est une société d’apparences et de contraintes que vise habillement le réalisateur.

C’est donc un film réussi qui s’appuie à la fois sur une bonne organisation des séquences et sur le jeu d’acteurs mis au service de la cause. Si Di Caprio tient très bien la route dans son rôle de trentenaire hésitant, la force vient surtout de Kate Winslet qui, par sa retenue, incarne la tension extrême et le point de basculement d’une histoire focalisée sur une individualité terrifiante.