Monsieur Léon

Plus les années passent et plus il est sans doute difficile de parler de la seconde guerre mondiale, dans une Europe qui cherche son unité au delà de ce qui a désuni un moment ses nations membres. Difficile aussi sans doute, de parler de la division vécue au sein même d’une population, ses composantes se rangeant en camps adverses : résistance et collaboration. Que dire si la rupture est au sein de familles. On imagine le déchirement et le poids du secret, lequel pourtant est le seul à assurer la survie des personnes.

Avec "Monsieur Léon", on est plongé dans cette déchirure qui pousse à l’examen de conscience : Et si cette famille avait été la mienne ? J’ai bien aimé cette fine approche des personnages tirée en avant par le duo magistral Léon/Michel Serrault - Yvon/Arthur Vaughan-Whitehead, même si la maturité imaginée pour ce dernier (dans les dialogues notamment) semblait le pousser bien plus loin que son âge avéré : 12 ans. Mais quelle graine d’acteur !

Si l’occupation allemande et les assauts de la résistance sont bien présents dans le film (rôle inattendu et bien interprété par Clémentine Célarié, entre autres), ils ne ravissent pas la première place à la tension familiale vécue entre le grand-père et son petit-fils, mais aussi avec la maman (Florence Pernel) qui, à travers son absence, incarne un étonnant trait d’union entre vérité et mensonge. Voilà une bien intéressante "mise en scène" de la nécessité qu’il y a parfois dans la vie, à tenir un "rôle de composition" pour sauvegarder des intérêts supérieurs, quoiqu’en pensent les témoins proches auxquels on aimerait pourtant offrir une transparence complète.

P.P. Strelle