Le dernier samouraï

Le dernier samouraï est un film de guerre. C’est un film violent. C’est un récit épique, mais c’est aussi une initiation. C’est la rencontre de deux mondes, de deux cultures. C’est un film sur le code d’honneur d’une philosophie guerrière, d’une philosophie archaïque à l’heure d’un changement de mentalité. Fin XIXème, le Japon s’ouvre au marché avec l’occident, et celui-ci lui apporte les fruits de son développement, notamment industriel : les armes nouvelles. Mue par la volonté de quelques industriels et de quelques hommes politiques désireux de diriger le pays à la place de l’empereur, c’est une nouvelle stratégie guerrière qui se met en place : une armée de métier lourdement équipée. Face à elle : une « horde de sauvages armés d’arcs et de flèches ». C’est en quelque sorte un western japonais.

Fait captif par ce monde primitif, le capitain Nathan Algren va progressivement « entrer en samouraï », comme on dirait chez nous « entrer en religion ». C’est une initiation qui va le conduire à « défendre ce qu’il a appris à aimer ». Car, à l’heure du combat final, son parti pris sera du côté de la minorité ancestrale menacée. Cette initiation nous est aussi proposée. Difficile de résister à l’attrait de cette communauté villageoise, communauté agraire et patriarcale vivant retirée dans un cadre géographique montagneux des plus apaisants. Superbe photographie d’une région du sud-est asiatique, sans doute.

Bon jeu d’acteurs (non seulement Tom Cruise, mais aussi tous ces faciès asiatiques de grande expressivité, une fois maquillés et perruqués : Ken Watanabe, Hirojuki Sanada et la superbe Koyuki). Superbes costumes. Grandes scènes de combat, comme dans Barry Lindon, comme dans Braveheart et bien d’autres… Beaucoup de violence aussi, avec des effets d’images (gros plan, ralenti notamment) qui exploitent de façon esthétique les chorégraphies de combat. Les adeptes d’arts martiaux (kendo notamment) en seront ravis. Mais c’est le paradoxe dans toute sa splendeur : bêtise de la guerre (la noblesse de l’échec) et grandeur du don de soi et de la fidélité totale à l’honneur.

La morale est sauve quand, à la fin, l’empereur reconnaît sa méprise d’avoir renié les traditions ancestrales de sa culture pour obtenir une victoire facile mais indigne et ce, sous la pression du lobby occidental des marchands d’armes infiltré jusque dans son gouvernement.

J’aime ce genre de film qui attire l’attention sur le fait que, trop souvent, nous méprisons ce que nous ne connaissons pas, que nous condamnons même l’autre dans sa différence, au nom d’un attachement exclusif à des particularités culturelles qui ne sont en rien des universels.

Etant donnée la puissance des images de combat, je réserverais ce film à de jeunes adultes. Ce film qui est de la même veine que ces westerns de la seconde période où l’on a commencé à imaginer que, peut-être, on pouvait parler du peau-rouge autrement qu’en termes de sauvages. Comment ne pas faire le parallèle ici, avec « Danse avec les loups ». A prolonger sans doute par l’une ou l’autre lectures pour approfondir ce qui faisait la philosophie du samouraï qui dépassait, de loin s’en faut, le seul art de la guerre.

P.P. Strelle