Patatras

Depuis Calvaire, le cinéma belge s’est découvert des affinités avec l’horreur, un genre qui a le vent en poupe. C’est sans doute la raison pour laquelle Manu Gomez a su trouver les moyens pour réaliser son Prince de ce monde et s’attacher les services de Laurent Lucas, le grand spécialiste des rôles de victime ou, au choix, de dindon de la farce (Lemming, Dans ma peau, Calvaire, Harry, un ami qui vous veut du bien,...). Sur ce point, incontestablement, c’est réussi : l’acteur est bien la première victime de ce film complètement raté.

Le Prince de ce monde n’est pas qu’un échec au niveau de la réalisation. On pourrait passer en revue toutes ses faiblesses : une direction d’acteurs déficiente, une photographie balbutiante, une narration soporifique,... mais ce serait fastidieux et finalement un peu vain. En effet, le principal problème du film réside dans ses intentions.

De toute évidence, le réalisateur voulait proposer un pamphlet anticlérical et sulfureux. Preuve en est la promotion du film au Festival du film fantastique de Bruxelles où il était présenté comme cruel et croquant, provoquant les chaleurs d’un Noël Godin, mis au casting comme un label libertaire. Or, il faut croire que toute l’équipe s’est laissée hypnotisée par son appétit pour les curés au point de croire qu’il y avait un sou de subversion dans son scénario.

Exercice éculé, la démarche a depuis longtemps son maître, Luis Buñuel, et un chef d’oeuvre, Viridiana. A leurs côtés, il existe une galaxie de perles drôles, cruelles, satyriques, trash et souvent politiques - dimension totalement absente ici - nées de réalisateurs fameux ou anonymes. Bref, la toile pour peindre pareille cène est depuis longtemps laminée et il faut de l’originalité pour ajouter un clou à cette crucifixion.

Et c’est précisément ce qui agace : pas une once de neuf dans ce Prince ne justifie l’emphase potache qui anime le film. On pourrait croire qu’il est l’oeuvre d’internes revanchards échappés d’un collège de jésuites. Au final, on aura l’impression d’avoir vu un film de Jean Rollin, sans les scènes qui firent sa réputation... c’est dire.