Donner du temps au deuil

La Forêt de Mogari est un film sur le deuil qui évite la démonstration pour inviter le spectateur à explorer sa propre subjectivité. Dans ce film sensible, où tout est évoqué sans que rien ne soit certain, la réalisatrice prend le temps de poser la situation et de la faire évoluer. A travers une sorte de voyage introspectif, le film se débarrasse petit à petit de tous les prérequis nécessaires à la mise en situation (les collègues de travail, la maison de retraite) pour se concentrer exclusivement sur les deux personnages principaux. La forêt dans laquelle ils semblent se perdre illustre à merveille l’isolement affectif que le deuil provoque et devient une métaphore à part entière de leur situation psychologique.

Si l’exercice est subtilement mené et recèle bien des richesses, ce film est exigeant et nécessite un état d’esprit bien disposé et surtout, bien éveillé. Outre l’âpreté du propos, tout entier consacré au cheminement des personnages, il a aussi le défaut de sa radicalité : trop respectueuse envers son sujet, elle ne permet aucune transcendance, aucune ligne de fuite qui invite à rêver. D’une certaine manière, l’huis de la Forêt de Mogari est un peu trop clos.