Dans les cages d’escalier, on ne vous entendra pas hurler

Si l’Espagne s’est trouvée l’horreur comme un des genres dans lequel ses cinéastes excellent, c’est peut-être parce qu’ils parviennent à opposer au fantastique le plus extrême des personnages qui nous apparaissent comme réels, loin des clichés américains du genre (où on peut observer un véritable massacre à la chaîne d’étudiants bobos). En situant l’action dans un quotidien a priori banal, mais où transpire une ironie toute hispanique, le cinéma d’horreur espagnol parvient sans doute à mieux cerner une certaine conception de l’humanité et à disséquer les limites des rapports sociaux – ce qui constitue un des intérêts du genre.

En vérité, [Rec] ne bouleverse rien et n’invente pas grand-chose. En proposant de voir ce qu’a vu la caméra d’une équipe de télévision qui suit des pompiers lors d’une intervention qui dégénère, le film se situe dans la lignée de Blair Witch Project (héritier de Cannibal Holocaust et de C’est arrivé près de chez vous), tout particulièrement à la mode avec les sorties de Cloverfield ou de Diary of the Dead, voire avec celle de Redacted de Brian de Palma (sur l’Irak). Mais c’est précisément la petite touche sarcastique espagnole qui épice agréablement un exercice de plus en plus convenu, et qui transforme l’essai en réussite.

Bien monté et efficacement rythmé, [rec] va à l’essentiel en proposant un film court qui ne se perd pas dans la complaisance avec son procédé. Toutes les possibilités offertes par cette forme de narration sont exploitées sans que cela ne serve autre chose que le récit. Au final, on a un film dynamique qui mélange subtilement une satire des médias, des forces publiques et des relations d’immeuble, et une forme d’épouvante qui touchera même les plus blasés.

Sans être le film du siècle, [rec] est agréable pour qui aime le genre et prouve que des recettes qu’on croirait peut-être éculées parviennent encore à donner de bonnes petites choses.