A l’est de l’Eden

Un film russe de 2h30, qui déploie lentement son récit, sans hâte... ça fait vraiment du bien. Le Bannissement est de cette sorte. Succédant les plans à couper le souffle les uns après les autres, il est d’abord beau, et puis, surtout, il place au coeur de son dispositif l’Humain, dans toute sa tragédie.

Le Bannissement est un film sur la perte du Paradis par un homme. Mais cet Eden-ci est totalement dénué de mystique. Le Paradis, c’est la famille, la femme, le foyer confortable d’une petite maison de campagne qui baigne dans la lumière d’un ciel qu’on voit peu. Parsemé de références religieuses, le film déroule un récit qui semble inexorablement conduire à la Chute vers un monde désolé, industriel, sombre et sans espoir où vivent ceux qui sont seuls, ou délaissés. Lourd de sens, Le Bannissement se présente pourtant simplement et parvient à rallier à son enjeu sans qu’il soit nécessaire de suer du cortex. Tout est sobre et calculé, l’impression qui se dégage de la pellicule constitue à elle seule le discours que propose le réalisateur. Et c’est bien là son talent.

Bien loin du cinéma à "succès", il est tout à fait plaisant, et presque rassurant, de pouvoir encore découvrir des films qui s’écartent des tendances du moment et qui renouent avec une tradition qui a pour artisans des Tarkovsky (très clairement référencé ici), des Angelopoulos et autres Reygadas. Bref, du cinéma qui se mérite et qui fait du bien !

Pour l’anecdote, le réalisateur qui présentait son film n’a pas su répondre lorsqu’on lui demandait pourquoi il avait choisi la Belgique (Charleroi en l’occurence) pour tourner une partie de son histoire. Lorsqu’on entrevoit le rôle symbolique qu’attribue La Bannissement à cette région on peut imaginer qu’Andrey Zvyagintsev ait préféré rester copain avec le public...