Stupeur et tremblements

Proclamé « Grand prix du roman de l’Académie française », ce roman autobiographique paru en 1999 sous la plume d’Amélie Nothomb a été adapté pour le cinéma par Alain Corneau en 2002. Sylvie Testud y interprète le rôle d’Amélie et tout le monde s’accorde à dire qu’elle y fait une prestation fascinante. Ce qui m’a personnellement tenu en haleine dans ce film, c’est le personnage invisible, omniprésent à travers toutes les scènes : la culture japonaise, son protocole, son rigorisme, son hermétisme conventionnel. Amélie, jouée par Testud, c’est une vraie merveille. Certes. Sa verve et sa spontanéité crèvent l’écran. Pas de pudeur de mauvais aloi. Ce qui doit être dit le sera, poliment, mais… ouvertement. Ainsi s’exprime l’occidental. Et Amélie engagée pour des travaux de traduction, mais réduite à de la basse administration avant que de devoir s’occuper des toilettes de l’étage aura toutes les raisons de sortir de ses gongs. Mais pour ce qui est de sa supérieure hiérarchique, Fubuki, interprétée par la superbe Kaori Tsuji, il en va tout autrement. On sait les pratiques humiliantes du japon super exigeant avec ses pupilles. On aurait pu s’attendre à ce que les adultes relâchent un peu la pression. On découvre ici qu’il n’en est rien. Dans la compagnie Yumimoto, comme partout ailleurs, c’est la loi du « Ravalez-moi vos impressions et retournez à votre travail, illico ». Le film est dès lors interpellant, car si l’on peut découvrir ici le dépaysement (le mot est faible) d’une occidentale au Japon, on doit pouvoir imaginer, en retour, celui des asiatiques venus s’installer chez nous. C’est vraiment un film à voir deux fois ! Excellent spectacle familial avec des ados déjà un peu ouverts à l’approche des autres cultures.

P.P. Strelle