Un bel essai mal transformé

Auteur de quelques courts et co-réalisateur avec Jeunet de Délicatessen et de La Cité des enfants perdus, Marc Caro se retrouve pour la première fois seul aux commandes d’un long métrage. La chose a déjà le mérite d’intriguer tant cet ancien auteur de bande-dessinée de la génération Métal hurlant a su imposer un patte graphique, souvent monstrueuse, à ses autres contributions. Mais, et cela rend la chose d’autant plus remarquable, Dante 01 est aussi un des rares films français de science-fiction, genre dominé sur le sol hexagonal par des auteurs de BD comme Enki Bilal (Bunker Palace Hotel, Thyko Moon, Immortels) ou des œuvres d’animation.

D’emblée, on reconnaît sur l’écran la touche de folie grotesque qui caractérise Caro. Tout particulièrement, il a su réunir un casting grand cru en matière de sales gueules où on retrouve le fidèle Dominique Pinon et François Hadji-Lazaro. Mais Caro parvient aussi à donner un relief particulier à des acteurs moins habitués au genre rien qu’en leur rasant la tête. C’est ainsi que le dandy Lambert Wilson s’offre ici un rôle bien à part dans sa filmographie en incarnant un être autiste et spastique, sorte de Christ sauveur du futur (ou du passé ?) en pleine montée extatique.

Dante 01 est d’abord un huis clos spatial (qui n’est pas sans évoquer Outpost) et carcéral (qui rappelle le français Maléfices). Mais de toute évidence, Marc Caro reste sous l’influence des élans mystico-cosmiques des scénarios de la génération Métal Hurlant à la Jodorowsky (l’Incal) et s’est très ouvertement shooté au Kubrick de 2001 l’Odyssée de l’espace. Car si l’intrigue se déploie lentement, elle prend rapidement un tour hermétique qui rangera le film dans la catégorie des ovnis du cinéma où il risque de prendre la poussière.

Au final, le résultat – il fallait s’y attendre : trop d’espoirs – est mitigé. Si on prend plaisir à se plonger dans une ambiance SF bien sale et vaguement SM, le déroulement de l’histoire ne peut que laisser perplexe, voire frustré. S’il faut saluer les audaces du réalisateur, on ne peut que regretter l’absence d’un bon scénario. Il flotte donc comme un peu de regrets autour de cette sortie.