Touchant et interpellant

Il est des films dont on ne peut pas dire qu’on a les a « aimés ». Mais dont on sort touché, interpellé. « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » compte parmi ceux-là. A son visionnage, impossible d’y être indifférent. Le film nous empoigne dès la première minute. Mais nous évite, à notre grand bonheur, tout misérabilisme ou déversement d’émotions exagérées. Et pourtant, le scénario aurait pu faire sombrer le film dans ce travers, puisqu’il raconte l’histoire d’une jeune roumaine qui, accompagnée de son amie, se risque à un avortement illégal sous la dictature de Ceaucescu. Mais il n’en n’est rien. Usant d’un style minimaliste, presque documentaire, le réalisateur parvient à nous dresser un film juste. Pas de crises de larmes, de musiques dramatiques ou de gros plans à l’affut d’une larme naissante ou d’un coin de lèvre tremblotant. C’est par une réalisation subtile que le film installe et fait monter la tension : par de longs plans jouant allègrement sur les hors-cadres.

Le scénario peut paraître assez simple. Néanmoins, par ce jeu de hors-cadres, on ressent toujours l’étrange impression de ne pas tout savoir, qu’il y a toujours quelque chose qui nous échappe et qui, du coup, fait travailler notre imaginaire. D’ailleurs, on en sait très peu. Le film est minimaliste jusqu’au bout : non seulement dans sa forme, mais aussi dans les informations qu’il nous donne. Comment la protagoniste est-elle tombé enceinte, d’où vient-elle, etc. On ne sait rien. Contrairement à ces films qui vous dresse une véritable biographie des ses héros, ici, seul l’indispensable vous est dit. Les actrices en deviennent presque « interchangeables ».

Ne s’épanchant pas sur les sentiments, il en résulte une ambiance très froide. Les étudiantes n’expriment d’ailleurs jamais de fortes émotions. Ni tristes, ni joyeuses. Ajouté à la réalisation spécifique, on éprouve ce sentiment particulier d’être un observateur externe. A l’opposé de la méthode utilisée, le film a un aspect clinique déroutant. On est spectateur d’une tranche de vie. Comme si on arrivait là par hasard et que les faits se déroulaient sous nos yeux. Mais sans se laisser manipuler et envahir par des émotions exacerbées. C’est sans doute ce qui rend le film encore plus fort : son aspect brut, naturel, glacé et nu prend aux trippes. Les silences sont des vrais silences. Ils durent et sont gênés comme ceux que l’on a déjà tous vécus. La terriblement longue scène du repas familial en est sans doute l’illustration la plus exemplaire…