La femme d’un seul homme (Téléfilm)

Ce téléfilm (1998), première œuvre cinématographique du comédien Robin Renucci comblera les amateurs du genre qui chercheraient une déclinaison moderne des contes moraux d’Eric Rohmer et notamment de l’excellent « L’amour l’après-midi » (1972).

La trame du récit se situe à la croisée de plusieurs œuvres théâtrales et littéraires. Il s’agit d’abord sans nul doute ici d’une variation des œuvres de Marivaux. Rappelons que le réalisateur est d’abord acteur de théâtre. Au cinéma, il interprète fréquemment des rôles de séducteur tourmenté (Allociné). Le récit place donc les personnages dans une liaison amoureuse de sorte qu’ils ne savent pas toujours exactement qui ils sont vraiment les uns par rapport aux autres. Le quiproquo est le ressort de cette comédie. On retrouve aussi mis en scène les principes de l’écriture d’Alexandre Jardin ( Le zèbre, L’ile des gauchers). L’amour n’a de chance de durer entre les êtres que si ceux-ci se donnent des occasions de reconquête. Sont également exploitées, les lignes de forces des essais psychologiques sur les sexes d’un John Gray (Les hommes viennent de Mars, et les femmes de Vénus). Sabine, profondément blessée en découvrant qu’elle est trompée, décide de mettre au point une stratégie pour reconquérir son mari. Ce dernier par contre, engagé pourtant dans une relation adultère, n’a pas la moindre impression de donner un coup de canif au contrat conjugal.

La convergence de tout cela donne une œuvre exquise dont la fraîcheur est non seulement dans le traitement mais aussi dans le casting et le jeu des acteurs.

Clémentine Célarié choisie comme femme d’âge mûr pour interpréter ce rôle sensible fait merveille. Sa métamorphose tout au long du récit la sort d’une image de femme rangée pour lui rendre un éclat… convaincant. Didier Sandre est mari parfait tant dans son infidélité que dans la candeur avec laquelle il défend son aventure.

Poussant à l’extrême le mélange des identités si cher à Marivaux, Robin Renucci s’attribue également un rôle dans l’histoire. Réalisateur, il tient le rôle d’un comédien de théâtre. Il est l’amant de Sabine qui, elle, enseigne l’œuvre de Marivaux dans ses cours de français. Et Valentine, la fille de l’enseignante reçoit Marivaux en classe et à domicile, dans un mélange des genres qui lui fait douter du réalisme de la vie affective qu’elle tente de nouer avec son jeune compagnon.

Reste à évoquer Barbara (Barbara Schulz), la jeune amante. Moderne à souhait, c’est par Internet (la messagerie en temps réel) qu’elle jette son dévolu sur ses proies. Elle a tout le charme de son âge, de ses formes et de son insouciance. A tel point que Sabine, l’épouse, ne peut qu’entrer en sympathie avec elle.

Film sur la fidélité dans le couple, « La femme d’un seul homme » est d’abord un film sur la femme, sur les femmes. Le casting leur rend un bel hommage. Tout comme l’inscription de cette aventure dans une trame familiale commune unissant mère (Mamouche -Nelly Bourgeaud), fille (Sabine – Clémentine Célarié) et petite fille (Valentine (Julie Voisin). L’histoire serait-elle un éternel recommencement et les hommes d’éternels mari-vaudeurs ?