Devoir fictif de mémoire

Sorti en novembre 2006 en France, Mon Colonel est adapté du roman éponyme de Francis Zamponi. Il est subtilement parfumé de Belgique par la grâce d’un financement de la Communauté française et des présences d’Olivier Gourmet et de Cécile de France.

Scénarisé par Costa-Gavras et son fidèle Jean-Claude Grumberg (qui a travaillé sur Amen et Le Couperet), Mon Colonel a, Costa-Gavras oblige, des prétentions politiques qui se parent volontiers d’un vernis polémique. L’ambition est claire : dénoncer les brutalités commises lors la guerre d’indépendance de l’Algérie par les Français. Ce long métrage s’inscrit donc dans l’actualité des débats qui font rage depuis quelques années en France autour de la question coloniale, et dont le cinéma s’empare petit-à-petit comme l’illustrent le film Indigènes (2006) et son tapage. Mais bien qu’inspirée de faits réels, l’histoire est une pure fiction (comme Indigènes). Inutile donc de chercher l’évocation de faits reconnus et avérés. Seuls des " accents de vérité " confèrent au film sa dimension historique.

L’intérêt du récit réside dans l’ambigüité du personnage de Rossi qui collabore pleinement aux choix de son colonel, tout en manifestant à son sujet un point de vue critique, voire un soupçon de rébellion. Bien que cela ne soit pas évident, c’est donc à travers les yeux du bourreau qu’on nous narre les atrocités de l’Algérie. Les relations troubles entre le Colonel Duplan/Gourmet et son lieutenant Rossi/Stevenin constituent le principal attrait de ce long-métrage, portées par deux acteurs convaincants. Malheureusement, la force de ce duo souligne par contraste les insuffisances du jeu des acteurs de la partie contemporaine du film. En particulier, le personnage de Galois, incarné par Cécile de France, est tout à fait énervant. Sorte de militaire jeunette et futée, sa sensiblerie larmoyante face à l’histoire de Rossi semble surtout avoir pour but d’indiquer au spectateur les émotions à ressentir.

Globalement, malgré la gravité du propos, Mon Colonel est édulcoré. Si l’enquête contemporaine est montrée en couleur, les séquences de l’Algérie française sont en en noir et blanc. Loin de conférer une sorte de réalisme d’archives, ce choix crée une distance esthétique avec les faits. Par ailleurs, la naïveté du personnage principal et la caricature permanente des personnages secondaires (dont sont absents les Algériens), donne aussi à l’ensemble une impression artificielle, proche du format télé, sans grandes audaces, trop sentimentale pour être crédible.

Bien que la petite histoire peut souvent éclairer la grande, le point de vue est trop étroit. En réduisant les exactions aux actes d’un officier coupé de sa hiérarchie et en conflit avec les autorités civiles, le film évite de poser la question des options prises en hauts lieux, coupables seulement, peut-être, d’un peu de complaisance. Finalement ce serait sur le terrain que le mal est né est s’est propagé. Exercice un peu facile, Mon Colonel ne réussit pas à transcender sa fiction pour la porter au niveau d’une réflexion universelle sur les questions qui constituent son fonds de commerce : le colonialisme, la guerre et le devoir de mémoire. Dommage.