Une adaptation réussie

Adapter une bande dessinée au grand écran est un exercice périlleux. Il est difficile de transposer un récit dont la structure n’a généralement rien en commun avec les habitudes du cinéma, comme il est tout aussi compliqué, dans le cas du dessin animé, d’animer un graphisme qu’il faut respecter.

Persepolis parvient à franchir ces deux obstacles. Si le récit souffre parfois d’une absence de perspective, il est rythmé par les anecdotes qui font l’intérêt de l’histoire originelle. Mais c’est incontestablement sur le front de l’animation que Persepolis gagne ses galons. Elle ajoute une véritable plus-value au dessin naïf de Satrapi et transcende le noir et blanc dans des séquences en ombres chinoises qui épaississent les émotions suggérées par l’histoire. Ainsi, l’amateur de la BD retrouvera sans doute avec plaisir l’univers familier de l’auteure. Le profane, lui, n’aura pas de mal à apprécier ce film d’animation original, au contenu résolument adulte, politique et social, bien éloigné des fictions de fantaisie qui font habituellement le genre.

Persepolis est aussi connu pour le témoignage "de l’intérieur" qu’il apporte au sujet de l’Iran et de l’obscurantisme islamiste qui y a cours. Mais l’histoire de Satrapi se caractérise par un point de vue qui résonne parfaitement avec les valeurs occidentales. Issue d’une famille princière (du régime précédant celui du Shah) et acquise aux idéologies progressives importées d’Europe, Satrapi a en réalité un profil inhabituel pour une Iranienne. Si cette originalité donne à Persepolis beaucoup de ses qualités, elle lui confère aussi une subjectivité qu’il faut garder à l’esprit si on s’intéresse à la situation de l’Iran.

Ce recul semble précisément faire défaut à l’accueil qui est réservé au film. Ainsi, il y a fort à parier que c’est le contexte – les débats sur la laïcité et sur l’Iran - qui lui a valu le Prix du Jury du Festival de Cannes (1). Un festival enclin à s’encanailler d’une sorte de politisation strass et paillettes gauchisante, comme l’illustre la Palme d’Or accordée à Michael Moore pour son catastrophique Fahrenheit 9/11.

Si Persepolis est donc un bon film d’animation, touchant et interpellant, il doit cependant être pris pour ce qu’il est : un récit autobiographique, un témoignage individuel parmi d’autres (au côté, par exemple, du cinéma d’Abbas Kiarostami), et non un point de vue universel qui, en creux de sa critique, proclamerait les vertus d’une société qu’on veut nôtre.

(1) Ex aequo avec Lumière silencieuse du Mexicain Carlos Reygadas.