Persépolis ou les tribulations d’une ado irano-européenne

J’ai été agréablement surprise par ce film d’animation hors du commun tant par son sujet que par son esthétique. En effet, ce film d’animation autobiographique relate la vie d’une jeune fille iranienne, entre Iran et Europe, pendant la guerre et la révolution, de son enfance à l’âge adulte. Le ton est donné, à mi chemin entre le drame style "Journal d’Anne frank" et l’ironie du "Petit Nicolas" de Sempé... A noter, le film est issu d’une BD, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de lire jusqu’à présent.

Au niveau esthétique, ce film a beau être en noir et blanc, il est de toute beauté ! Les scènes de drame prennent ainsi toute leur gravité, à la manière d’un théâtre d’ombres, sans tomber dans le glauque. On imagine mal en effet cette histoire sous une autre forme que celle-ci (film animé). Je retiens particulièrement les scènes de révolte du début avec le jeu sur le contraste noir/blanc des silhouettes et des mains venant en aide au blessé, l’écran devenant noir au fur et à mesure que celles-ci l’envahissent... Ainsi que l’épopée de l’oncle, assez poignante lors de son ascension en solitaire... Petit bémol, au niveau sonore, les voix sonnent parfois fausses ou en tout cas trop détachées...

Au niveau de l’histoire, tout le côté dramatique est sans cesse contrebalancé par la personnalité truculente et non-conformiste de notre héroïne. On a ici clairement affaire à une histoire et une vision toute personnelle, et privilégiée. Ce film a l’avantage d’aborder un sujet jamais traité dans ce genre de média, et au niveau historique, c’est une bonne chose. Cependant il faut plutôt prendre celui-ci comme une tranche de vie, une histoire racontée. On sent l’abondance de choses à dire, le rythme est assez emmené, mais tout ça est parfois un peu désordonné ou confus, et surtout, on ne sait pas où ça va... Comme on ne sait pas, en définitive, dire d’avance ou nous mènera notre vie et nos expériences...

Si vous aimez les romans de vie, les fabuleuses histoires de votre Mamy, ou encore les témoignages d’ados rebelles et mal dans leur peau mais non dépourvus de sens de l’humour et de poésie, vous devriez adorer.

Mais, contrairement à la polémique de Cannes (ce film a été accusé d’etre "anti-iran"), je n’y ai pas vu de message politique ou de parti pris. Pour moi c’est juste un constat d’un mal-être. Mal-être ici, mal-être ailleurs. Mais quand même, malgré tout, voir le côté positif ou décalé des choses...En espérant que le message ne soit pas en définitive : "L’Europe, c’est pas le top, mais c’est déjà mieux qu’ailleurs"... et d’assagir ainsi toute velléité de changement. Faut espérer que non...