Du noir et blanc haut en couleurs !

Je ne connaissais pas la bande dessinée éponyme de Marjane Satrapi avant de me rendre à cette séance. La bonne réputation de ce film d’animation me laissait surtout craindre de voir une oeuvre apprécié pour de mauvaises raisons vu le sujet abordé. D’ailleurs, le passage du métrage à Cannes et son succès (prix du jury) a pour moi des relents de « Fahrenheit 9/11 » (cette année-là c’est « Old Boy » qui méritait la palme d’or, mais trêve de digression !!!).

L’Iran faisant la une de l’actualité, je me demandais à quel point cette récompense n’était pas une nouvelle manière d’affirmer, de la part du microcosme cinématographique, un point de vue politique fort aux dépens d’une réelle exigence artistique. Heureusement, nous n’avons pas eu droit à un « Jamais sans ma fille 2, le retour de la revanche », loin de là.

La vision qui nous a été proposée est, bien que sans compromis, non dénuée de tendresse. À travers une palette riche en contraste, l’auteur nous dépeint la relation passionnelle qu’elle entretient avec son pays. Pas de manichéisme forcé, juste une subjectivité sincère délivrée avec talent (mais qui risque, hélas, d’être récupéré !).

Malgré ces considérations politiques, on ne peut nier la dimension onirique du travail de Satrapi. Conte de fée au goût doux-amer, le film raconte, avant tout, le passage à l’âge adulte d’une jeune femme. En effet, le thème du changement est au cœur du récit (changement de régime, changement morphologique, changement de pays !). Pour ne rien gacher, ce voyage initiatique est entreprit avec de l’humour plein les bagages.

Persépolis bénéficie, en outre, de qualités esthétiques indéniables (on sent planer l’ombre de l’expressionnisme allemand) et d’une réalisation à l’inventivité riche (big up à Vincent Paronnaud, le co-réalisateur !). Toutefois, on peut regretter l’absence de véritable structure dramatique (le travail d’adaptation n’a pas été fais jusqu’au bout), engendrant un final assez plat ! Final au bout duquel, je me suis dit que je venais de passé un très bon moment. Alors, que demande le peuple ?