Panne d’inspiration ?

En tant que converti à l’art du sieur Tarantino, est-il utile de préciser l’extrême excitation qu’à suscité auprès de votre serviteur la mise en chantier du projet « Grindhouse » ? Il est sûrement plus intéressant de parler de la déception engendrée par la vision de ce métrage. Mais tout d’abord un petit mot d’explication sur le fameux concept « Grindhouse », car le semi-échec artistique du film tient en partie à l’échec commercial subit aux USA et à la dénaturation du projet qui en découle. Je m’explique : il était une fois une époque lointaine et révolue où existaient encore les cinémas de quartier. Ces lieux offraient, à qui le désirait, une alternative au cinéma grand public qu’on diffusait (qu’on diffuse) dans les grandes chaînes (de fast-food intellectuels ?). Ces salles projetaient souvent des films dit « de série b » ou d’exploitation, c’est-à-dire de genres (polars, art martiaux, horreur...). Dans les pays anglo-saxons, on trouvait même des double features : programmes permettant pour le prix d’un billet de voir non pas 1 mais 2 films. C’est dans cette optique que s’inscrivait initialement le projet de ces fanboys que sont Rodriguez et Tarantino.

Scindé en deux (le "Planet Terror" de Rodriguez est reporté à plus tard), amputés de ces fausses bandes-annonces réalisés par Edgar Wright, Rob Zombie et Eli Roth et engraissé d’une demi-heure pour l’exploitation européenne étant donné l’échec commercial américain, le concept de départ n’est plus qu’un lointain souvenir et c’est là que le bât blesse. En effet, l’excroissance subie par le film est particulièrement dommageable et bien que le réalisateur s’en défende, on perçoit l’obligation de faire du remplissage pour donner au métrage une durée plus conséquente. Dialoguiste de talent, on sent même poindre une nette baisse de régime à ce niveau-là. Les échanges qui atteignaient des cimes dans « Reservoir Dogs » et « Pulp Fiction » tutoyent ici des profondeurs d’ennuis abyssales. Sans parler des défauts rajoutés pour faire plus « dirty », ils paraissent superficiels et l’on regrette que le réalisateur ne s’en serve pas plus pour booster sa créativité (gardons tout de même de côté la fin de la séquence en noir et blanc !). La multitude d’hommage finissent par lasser et vont même jusqu’à agacer lorsqu’il tombe dans l’autoréférence complaisante. Monsieur Tarantino commencerait-il à tourner en rond ? Reste des scènes de courses-poursuites automobiles magistralement mise en scène (a-t-on même déjà vu ça ?), un Kurt Russel impérial et une Zoé Bell (doublure d’Uma Thurman dans Kill Bill) incroyable ! Des qualités qui aurait sans doute suffit à rendre valable nombre de films mais pas un Tarantino.