Un Tarantino mineur

Après sa saga « Kill Bill » (que j’avais adoré), j’attendais avec impatience le nouveau film de Quentin Tarantino. Quand j’ai appris le tournage de « Grindhouse » (un double programme composé d’un film de zombies réalisé par Robert Rodriguez (Planète terreur), d’un slasher mis en scène par Tarantino (Boulevard de la mort) et d’un entracte entre les deux films composé de fausses bandes annonces parodico-trash), j’en avais déjà l’eau à la bouche.

Seulement, cette double séance ayant été un échec cinglant aux USA, les producteurs ont décidé de sortir les deux films séparément en Europe, agrémentés de plus de vingt minutes supplémentaires chacun. Cette décision des producteurs m’a quelque peu refroidi, car je trouvais le concept de base original.

Cependant, aficionados depuis toujours du style Tarantino, je me suis rendu avec ardeur à l’avant-première de son Boulevard de la mort. Contre toute attente, la douche fut tiède, voire carrément froide et cela, pour diverses raisons :
D’abord, le film semble long, très long, avec des dialogues qui n’en finissent plus. Surtout qu’ils traitent, la plupart du temps, de choses anodines qui ne font pas avancer l’histoire. Il faut vraiment s’accrocher pour suivre certains passages.
De plus, le film a du mal à démarrer. Il faut attendre plus de la moitié du film pour voir apparaître une once d’action (le film est censé être un slasher). La mise en place des personnages dure une éternité.
Le scénario, quant à lui, est proche du néant, sans aucun enjeu dramatique. On pourrait le résumer en quelques lignes (un tueur traque et tue des jeunes femmes qui finissent par se rebeller contre lui). En outre, les personnages n’ont aucune profondeur et restent superficiels de bout en bout. C’est d’autant plus triste que le synopsis de départ aurait pu déboucher sur un excellent film s’il avait été mieux exploité. La version du programme « Grindhouse », écourtée dans sa durée, est sans doute plus mieux.

Tout n’est cependant pas à jeter, Tarantino n’a pas perdu sa maestro. Il a su inculquer à son film une atmosphère particulière qui le distingue des multiples blockbusters sortis cette année. En effet, la réalisation reste jubilatoire (couleurs délavées/saturées, montage décalé, une bande son seventies qui décoiffe, des plans qui sortent de l’ordinaire – dont un plan fixe durant plus de sept minutes)

Les courses poursuites en voiture (de véritables scènes d’anthologie) sont à couper le souffle. On a rarement vu des scènes de courses aussi jouissantes au cinéma. Si ces scènes sont si réussies, on le doit surtout à l’humour, omniprésent dans le film.

On peut prendre le film comme une grosse série B avec toutes les ficelles du genre : belles nanas sexy et peu vêtues, déferlante de mots grossiers qui fusent à outrance, stéréotypes à gogo, etc.. Il a également parsemé son film de multiples clins d’oeils cinématographiques, dont un à son précédent film (une sonnerie de GSM retentit avec la BO de Kill Bill).

Pour conclure, je dirais que l’on reconnaît bien évidemment les ingrédients qui font qu’on aime(ou qu’on n’aime pas) Tarantino, qu’il y a des moments fun (dont la dernière demi-heure qui est un ravissement pour les yeux et les zygomatiques), mais que l’ensemble manque de rythme et qu’il aurait dû largement raccourcir son film.