Le nouveau super-huit de Disneyland

Après un premier film enthousiasmant et un second volet confus et burlesque, la bande à Jack Sparrow revient pour clore la trilogie produite par Disney. Malheureusement, ce troisième film s’inscrit plus dans le sillage du second que du premier.

Là où La malédiction du Black Pearl proposait une aventure fluide, avec un début et une fin identifiables, les deux suites tentent d’apporter une cohérence transversale à la trilogie et s’embarquent hasardeusement dans un noeud d’intrigues qui ferait perdre la tête au plus adroit des marins. Entrelacs de personnages, de retournements et de quêtes mal définies, le récit est à l’image du film : frénétique et sans fondement. Il sert essentiellement de prétexte à la succession de scènes délirantes qui tournent autour des deux grands atouts de la production : un Johnny Depp patronné par Tex Avery et des moyens sans limites.

Dépourvu de véritable fil conducteur, Jusqu’au bout du monde a un intérêt qui se limite à ses scènes d’actions et à sa surenchère visuelle. Volant de situations rocambolesques en gags maladroits, il parvient tout de même à captiver l’attention du spectateur à grands renforts d’effets numériques et de cabrioles. Bref, tout est dans la forme. Mais labellisé Disney, Les Pirates des Caraïbes s’adresse surtout aux plus jeunes. S’ils risquent d’être rapidement désorientés par les tours de passe-passe du scénario, ils retiendront sans doute l’ambiance trépidante et l’amplification des stéréotypes du pirate pour mieux les reproduire à la maison. Du moins, c’est sûrement ce sur quoi misent les producteurs.

Cependant, avec de tels moyens et des qualités esthétiques évidentes, on ne peut que regretter l’absence d’un grand souffle d’aventure sur les tribulations de ces personnages attachants. Tout y est, sauf le scénario…

Ce manque est d’autant plus regrettable qu’il semble bien que les scénaristes aient voulu apporter un peu de fond à cette grande soupe. En confrontant la sympathique et turbulente confrérie des pirates à la Compagnie anglaise des Indes orientales – véritable entreprise privée qui défend la liberté des affaires –, on songe aux confrontations entre la société civile et le monde des multinationales, voire à la communauté informatique du libre contre les orges microsoftiens.

Mais en y regardant de plus près, cet éloge altermondialisant semble doté de nombreuses références à l’enfance. S’ouvrant sur la pendaison d’un gamin, on voit des repaires pirates faits de planches et de brellages, des trésors aux valeurs enfantines, un code d’honneur qui vaut des règles de bande et un redoutable flibustier fort attaché à son nounours. Là où les Anglais sont respectueux de l’ordre et des rituels bien réglés, les pirates opposent une imagination absurde qui tord les lois de la physique et de la mort. Cette logique semble même concerner le sexe, réservé aux adultes. Ainsi, un sort fatal frappe tout qui embrasse la funeste Elizabeth. Pour prétendre en jouir, il faut trépasser et vieillir un peu. Mais ce conflit épique entre enfance libertaire et monde adulte liberticide est bien mal exploité. Peut-être n’est-il finalement qu’un clin d’oeil subliminal aux plus jeunes des spectateurs que courtise la sirène Disney ?