Godzilla au Pays du matin calme

Le monstre, c’est l’homme

Malgré les apparences du scénario, le sujet central de The Host n’est pas une traque à la créature. A l’instar de Murder Memories, son précédent film axé sur une enquête policière, Bong Joon-ho prend prétexte d’un événement hors norme et bouleversant pour explorer la société coréenne. En situant son point de vue à la hauteur des gens de tous les jours, le réalisateur s’attache à dresser le portrait de ses anti-héros. A travers des personnages profondément humains et volontiers marginaux, le film veut souligner les antagonismes profonds qui existent entre l’individu et le bien-être supposé de la société. De bout en bout, les Park devront surtout lutter contre tous ceux qui cherchent à les empêcher d’avancer dans leur quête.

Burlesque et cruel

Mais comme dans Murder Memories, et plus largement dans le cinéma coréen et japonais de genre, la tragédie des évènements prend rapidement des accents burlesques. Sans doute amplifiée par le jeu très théâtral des acteurs et le choix d’un personnage central clownesque, cette sensation puise aussi dans le traitement particulier des évènements que propose le film. Si par le processus d’identification traditionnel, le spectateur en vient à épouser la cause des Park, la caméra semble plutôt se positionner comme un témoin neutre. L’absence totale d’empathie envers la plupart des autres personnages, souvent ridicules, accentue la dimension burlesque des évènements. Celle-ci trouve d’ailleurs un écho dans le monstre lui-même. Issu d’une mutation chimique accidentelle, il est pataud et difforme, surtout effrayant par sa taille et sa voracité, mais fondamentalement aberrant.

L’ombre des Etats-Unis

The Host a aussi la particularité de positionner la Corée du Sud comme un vassal servile et un peu simple envers les Etats-Unis. L’Etat coréen s’en remet pleinement entre les mains des USA pour tenter de résoudre le problème, pourtant généré par une pollution due à un officier américain. Thème récurent du cinéma coréen, cette approche confère à The Host une dimension politique sous-jacente qui rejoint les préoccupations qui traversent actuellement une certaine jeunesse coréenne, entre nationalisme et altermondialisme. La contestation populaire apparaît d’ailleurs dans le film et gonfle parallèlement à l’évolution du récit pour culminer à la fin.

En dépit des faiblesses des effets spéciaux numériques de la créature, The Host est dans son genre, une excellente réussite. En effet, rares sont les films fantastiques qui exploitent avec originalité certains codes du genre au profit d’un propos qui sort nettement du cadre de la fiction. Bien que cette approche puisse perturber l’amateur d’un bon vieux film de monstre, elle pourra, a contrario, attirer un public plus sensible au cinéma asiatique et/ou d’auteur.