Alice au pays des poubelles

Visiblement frustré par les contraintes que lui ont imposé les producteurs sur son film précédent, Les frères Grimm, Terry Gilliam avait besoin de décompresser un bon coup. Fî donc des convenances, foin de l’édulcoration, en avant pour une bonne tranche de glauque. Tideland prend le parti de détourner l’univers du conte pour narrer l’histoire d’une petite fille qui, loin de baigner dans un univers enchanteur, interprète la réalité sordide pour la métamorphoser en merveilleuse aventure. Le film repose donc sur une ambivalence entre ce qu’il montre et ce qu’il dit. Face à la misère d’une famille de junkies et de marginaux reclus dans une campagne desséchée, Terry Gilliam cherche à faire croire à la fantaisie d’une fillette affamée qui délire éveillée. L’intrigue se veut donc double, traitant à la fois du devenir d’une fillette livrée à elle-même et des histoires qu’elle s’invente. Malheureusement, ces récits enchevêtrés manquent de corps et d’enjeu, ils échouent à intéresser le spectateur et à justifier une approche au goût douteux. Si on reconnaît la patte baroque du maître et sa propension à confondre fantasmes et réalité, il manque à Tideland une direction claire qui aurait valorisé l’exercice. Le film n’est donc pas celui qui fera oublier l’apocalyptique Frères Grimm et c’est bien dommage…