Trois films pour le prix d’un

Après Amores Perros et 21 Grams, le mexicain Inarritu réitère l’exercice qui est devenu sa marque de fabrique : suivre en parallèle plusieurs personnages qui s’ignorent, dont les histoires s’enchevêtrent et sont liées par un unique événement fortuit. Tandis qu’Amores Perros choisissait une approche volontiers sarcastique et cruelle et que 21 Grams optait pour une bonne couche de drame. Babel se place sous le signe du patchwork culturel en se déclinant à travers trois théâtres : le Mexique, le Maroc et le Japon. Cependant, les passages d’un pays à l’autre sont souvent abrupts et sans réelle vocation narrative. Au bout du compte on aura l’impression d’avoir vu trois films en un et non une histoire à trois facettes.

Toutefois, les récits peuvent emporter le spectateur dans leurs méandres, grâce, surtout, aux qualités de cinéaste d’Inarritu qui parvient à susciter les émotions les plus contradictoires selon les scènes. On pourra aussi apprécier la capacité du réalisateur lorsqu’il s’agit de rendre les univers forts contrastés qu’il filme et tout particulièrement l’ambiance dure et réaliste d’un Maroc campagnard débarrassé des préjugés exotiques qu’on aurait pu craindre.

Malgré une forme bien maîtrisée, on s’interroge cependant sur les intentions du réalisateur. Est-ce un film sur les difficultés de la communication ? Sur les préjugés ? Ou simplement une manière un peu creuse d’aborder ces thématiques soutenue par le titre (mais oui, enfin, Babel, la tour, la malédiction d’une humanité qui parlera cent langues !) ? Il manque donc à Babel une raison de fond qui soit lisible. Mais même dépourvu d’un sens, le film pourra satisfaire ceux qui aiment la belle mise en scène ou les moyens-métrages…