Treize jours

« Il ne faut pas laisser la responsabilité de la guerre aux militaires. Ceux-ci aiment trop faire joujou avec leurs engins (ici, des missiles basés à CUBA) pour ne pas s’en servir plus qu’à leur tour. »

C’est une bonne histoire, même si s’inspirant de faits réels, elle demeure une fiction. C’est un bon suspens. Mais il ne faut pas pour autant conclure que c’est un bon film. Pendant 2h25, le spectateur est en droit de se demander si le scénariste reproduira la trame historique que l’on a connu ou s’il prendra des libertés. Question lancinante : la troisième guerre mondiale aura-t-elle lieu ?

Sans dévoiler ici l’option prise, il faut révéler ce qui fait l’intérêt narratif de l’œuvre : elle répond à sa façon, à cette autre question : qui a la responsabilité de la guerre, le politique ou les militaires. La vérité se cherche à tout instant entre ces deux extrêmes, car les événements –et surtout leur interprétation- semble finalement diriger plus encore la manœuvre. C’est par la bouche du conseiller Mac Namara que l’on reçoit la clé de lecture non seulement de cette partie de l’histoire, mais de tout ce qui a fait la période appelée « Guerre froide » : « Ce qui se passe ici, c’est la base d’une nouvelle communication entre le Président des Etats-Unis et son homologue russe. Prions le ciel que l’un comprenne bien ce que l’autre veut lui dire ».

A l’exception de Kevin Costner qui tire le film, les acteurs choisis sont relativement peu connus. Les deux principaux ont été pris pour leur ressemblance avec les membres du clan Kennedy. Dans ce trio d’amis d’enfance, Costner, finalement est trop connu et « fictionnalise » d’autant plus l’œuvre. On sent bien, à tout instant, que c’est un film, et non un documentaire.

Thriller politique, le film se déroule principalement dans les bureaux de la Maison blanche et du Pentagone. Les images relatant la couverture militaire des décisions qui se prennent tout au long de ces 13 jours sont de bonne facture, mais sans qu’il faille s’en émouvoir plus. Même sur un écran large, on ne décolle pas vraiment.

L’intérêt du film réside donc plus dans la réflexion politique qu’il apporte sur cette période de l’histoire entre deux blocs rivaux capables, par leurs enfantillages, de déstabiliser le monde entier au point de déclencher un conflit planétaire. Beaucoup d’images de champignons atomiques pour « annoncer la couleur », faire comprendre inlassablement le risque qui couve. Mais ce n’est pas la vision donnée du fonctionnement d’une assemblée internationale comme celle de l’ONU qui apaise le spectateur en lui garantissant que probablement, dans ce genre de circonstances, l’usage de la raison est confiée à des gentlemen soucieux de l’intérêt public. La vision qui est donnée de cette assemblée donne à penser que les luttes de pouvoir y sont interprétées comme des pièces tragi-comiques.

L’auteur opte en définitive pour une résolution qui passe par des rapports non officiels gérés par des gens de confiance issus d’un environnement proche des décideurs. Un choix qui acte le fait, finalement, que la guerre, avant d’être un jeu militaire, est d’abord une option politique toujours possible qu’un dialogue délicat doit tenter de repousser. Dialogue où chaque mot a son poids estimé en mégatonnes. La sensibilité et aussi la susceptibilité des interlocuteurs devant être prises en compte minutieusement, comme si on manipulait de la nitroglycerine.